Marie d'Agoult (3)

Les citations célèbres de Marie d'Agoult :

La foi n'est bien souvent qu'une illusion du cœur, plus souvent encore une révolte de l'imagination contre la raison. « Taisez-vous, raison superbe! » s'écrie Bossuet, et s'écrieront avec lui tous les hommes fermement résolus à embrasser les croyances surnaturelles dans leur rigueur. Espérer est plus humain. L'espérance qui n'est, après tout, qu'une foi mêlée d'un peu de doute, ainsi qu'il convient à une créature finie, loin de combattre la raison, en est pour ainsi dire le couronnement. La raison, qui défend de croire aveuglément, conseille d'espérer; et cela suffit bien à une vie où rien n'est absolu, pas même la douleur.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Quand un esprit vigoureux est assailli par le doute, il le saisit, le terrasse, le charge sur ses épaules, et continue de marcher en le portant avec lui.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

De toutes les douleurs qui torturent l'âme humaine, il n'en est guère de plus cruelle que le doute. L'Homme-Dieu le savait bien, aussi l'a-t-il réservée pour son heure suprême. Mon père, mon père, pourquoi m'avez-vous abandonné ? C'est le dernier cri de son humanité mourante, c'est la convulsion dernière de sa divine agonie.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Il est souvent fort peu raisonnable d'avoir trop tôt ou trop complétement raison.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Il y a une certaine façon de dire les choses qui n'est pas précisément la correction grammaticale, qui n'est pas non plus l'art proprement dit, mais qui tient de l'une et de l'autre. C'est un je ne sais quoi qu'on ne peut ni définir ni enseigner, qui se prend, sans qu'on s'en doute, dans le commerce intime des grands écrivains ; c'est ce qu'on pourrait appeler le bon air de la littérature.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Un esprit aimable est celui qui n'est affirmatif que dans la mesure strictement nécessaire.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Le nombre est presque infini des gens qui passent leur vie entière à échanger avec leurs proches, leurs amis et leurs connaissances, des propositions incontestables, telles que celles-ci : Il fait beau ; il pleut ; les enfants sont tapageurs ; il est malsain de s'exposer à l'air humide, etc. Ces personnes semblent même trouver dans ce commerce de paroles insipides une satisfaction véritable. Ô banalité ! déesse clémente aux esprits stériles, à quel culte n'aurais-tu pas droit si l'ingratitude des hommes n'égalait leur indigence !
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Combien l'on retrancherait de paroles de la circulation intellectuelle, si l'on n'en disait que de nécessaires, d'utiles, ou seulement d'agréables ! La plupart des propos ne sont que oiseux. La dignité de l'esprit en souffre. Mais qui d'entre nous songe que l'esprit a sa dignité comme le caractère ?
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Ce qui fait que les petits esprits paraissent presque toujours dominer les grands, c'est qu'ils portent la passion dans tout le menu détail de la vie. Il leur importe excessivement que les repas soient pris à telle heure, que les chaises soient rangées dans tel ordre, que le chat mange dans telle écuelle. Les autres, qui ne s'embarrassent point de ces misères et n'ont l'œil fixé qu'au grand but de la vie , laissent dire et faire ces sagesses affairées. De là l'opinion vulgaire qu'ils sont conduits.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Il est fatigant de vivre avec les petits esprits. Comme ils sont incapables d'embrasser l'ensemble des choses, ils ne sauraient donner à aucune sa proportion exacte. Ils chargent les plus minces événements d'un tel amas de commentaires, de considérations, de doléances et de conjectures, qu'on demeure empêché, haletant, et comme étouffé avec eux sous ce lourd bagage de ratiocinations superflues.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Pour peu que l'on y prête quelque attention, l'on reconnaît aisément une sorte d'attrait entre les esprits qui ressemble beaucoup à l'amour d'un sexe pour l'autre. Les esprits virils recherchent avec prédilection le commerce des intelligences féminines, et de ces unions naissent les grandes pensées.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Deux grandes catégories d'esprits incompatibles : ceux que pressent les nobles curiosités ; ceux qui s'amusent aux curiosités vulgaires. Les uns veulent connaître le système sidéral et les mystères de l'âme ; ils interrogent Newton, Leibnitz ou Spinoza. Les autres se demandent comment il se peut faire que le voisin soutienne de si grosses dépenses ou que la voisine n'ait point encore marié sa fille. Ils questionnent les portiers et les femmes de chambre. La plus aisément satisfaite de ces deux catégories ne me semble pas néanmoins la plus enviable.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

L'immense majorité des esprits est parasite. Combien peu d'intelligences tirent leur aliment de la substance même des choses et pompent librement, pour ainsi parler, les sucs primitifs ! Les autres s'attachent où elles peuvent et comme elles peuvent aux racines, aux tiges, aux rameaux, aux feuilles des premières, pour végéter à leurs dépens. Et, chose humiliante pour l'espèce humaine, inconnue aux règnes inférieurs, il se rencontre encore, en quantité assez considérable, des parasites de parasites.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

L'observation a constaté l'existence d'un certain nombre d'animalcules qui naissent après le lever du soleil et meurent avant son déclin. Bien des esprits leur sont semblables, et, prenant les idées à leur milieu, ne soupçonnent jamais ni l'origine, ni la fin des choses.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Avez-vous parfois contemplé dans nos serres cette plante étrange, de la famille des euphorbiacées, à laquelle les botanistes donnent le nom d'Euphorbia splendens ? Votre œil ne l'a-t-il pas admirée entre toutes, frappé qu'il était par le contraste de ses rameaux épineux, rugueux et comme desséchés déjà par la mort, avec l'épanouissement vraiment splendide de sa corolle écarlate ? Ne vous êtes-vous pas rappelé certaines œuvres du génie, qui paraissent d'autant plus merveilleuses qu'elles sortent plus tardives d'un esprit plus assombri, et qu'elles fleurissent tout à coup, à l'âge désenchanté où le vulgaire ne connaît plus que stérilité, rudesse, humeur fâcheuse et chagrine ?
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Le talent dispose, combine, ordonne ; il est réfléchi, il peut être audacieux, enfreindre avec succès certaines règles; il a un bon ou un mauvais goût ; il est traditionnel ou original, selon une mesure appréciable. Le génie invente ; il est spontané ; il ne sait ce que c'est que bon ou mauvais goût, ni que tradition. Ses inspirations seront le goût des générations qui viendront après lui ; le bon goût sera de lui être semblable. Il ne saurait être audacieux parce qu'il est supérieur aux règles ; il n'en connaît point d'autres que de rester lui-même. On ne lui demande pas plus qu'à Dieu s'il n'aurait pas dû faire autrement son œuvre.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

L'homme de génie, c'est celui qui se sent la force et auquel les autres reconnaissent le droit d'être complétement lui-même.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Parler à quelques hommes, échanger par des paroles fortuites qui meurent aussitôt qu'elles ont prononcées l'expression de nos besoins et de nos impressions du moment, c'est une condition commune à tous, une faculté que tous exercent sans plus y songer qu'à respirer ou à se mouvoir. Mais parler à l'humanité dans la langue immortelle de l'art, c'est un privilège suprême réservé à un petit nombre d'êtres qu'on serait tenté de considérer comme appartenant à une création supérieure, intermédiaire entre l'humanité et ces natures d'essence divine dont notre imagination se plaît à peupler les mondes invisibles. Ce privilège si rare est en même temps une magistrature sacrée. Mésuser d'un tel don est un crime. Ô poètes, vous à qui fut donné l'archet d'or, vous dont l'âme, bercée au rythme de la beauté éternelle, a des vibrations magiques qui ravissent l'humanité et l'attirent sur vos traces, n'abusez point pour l'égarer de cette fascination toute puissante. Laissez les fantômes de l'erreur s'agiter dans ces régions moyennes où tout change et s'évanouit ; ne les élevez point dans la sphère immuable du génie ; ne les revêtez pas de gloire.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Pouvoir, en ce monde pervers, être impunément bon, sans réserve et sans mesure, n'est pas donné à tous ; c'est l'heureux privilège des âmes fortes, et c'est pourquoi la force m'a toujours paru si enviable.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Le grand art de consoler les douleurs, c'est s'en distraire avec délicatesse. L'amour y est plus habile que l'amitié. L'âme affligée n'est point en garde contre sa muette éloquence, tandis qu'elle se cabre et regimbe contre les discours, même les plus insinuants, de l'amitié.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Me promenant, par une belle journée d'octobre, dans les jardins de mon enfance, soudain je fus frappé de la beauté merveilleuse d'un grand nombre d'arbres verts que je n'avais point aperçus durant l'été, cachés qu'ils étaient par l'épais feuillage des massifs, alors dans tout l'éclat de la végétation, maintenant dépouillés. Humble et patiente amitié, pensai-je, c'est ainsi qu'on t'oublie aux heures splendides de la jeunesse et de l'amour ; c'est ainsi que tu apparais, douce et consolatrice, vers le soir de la vie, quand la passion est morte et l'existence dénudée.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Souvent deux amants s'éprennent l'un de l'autre pour des qualités qu'ils n'ont pas, et se quittent pour des défauts qu'ils n'ont pas davantage.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Vous me parlez d'amour, mais nous ne saurions nous comprendre. Pour moi, l'amour est un héros qui conquiert, au péril de ses jours, la domination du monde. Pour vous, c'est un pauvre honteux qui mendie à la dérobée sa précaire existence.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

En amour, la plupart des hommes ne sont pas exempts d'indélicatesse. L'image de la femme aimée n'est jamais assez isolée sur l'autel pour que d'étranges confusions ne se fassent point dans leur esprit. Lorsqu'ils s'inclinent devant elle, pareils au flot qui vient saluer la rive, ils déposent à ses pieds, malgré eux, le limon de leurs habitudes corrompues, l'écume de leurs souvenirs.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

L'amour est aujourd'hui toute l'ambition de la femme. Pour l'homme, au contraire, il n'est, le plus souvent, que le sommeil momentané de l'ambition.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)