Marie d'Agoult (6)

Les citations de Marie d'Agoult :

La finalité d'un être libre, c'est de parvenir à toute la dignité, à toute l'excellence de sa nature.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Lorsqu'une femme galante repousse les prétentions d'un homme, il ne voit là qu'un caprice outrageant pour lui ; il s'irrite et se venge. Quand, au contraire, une femme honnête, soit pour rester chaste, soit pour demeurer fidèle à un sentiment antérieur, refuse de céder aux sollicitations d'un amant, l'amour-propre du rebuté ne souffre pas ; il honore la cause du refus dont il se plaint ; son cœur seul est atteint, et le cœur pardonne. Il n'est pas rare de voir ces amants éconduits devenir les amis les plus dévoués de la belle insensible.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Les hommes de nos jours ont l'âme si petite, que, s'ils viennent à inspirer l'un de ces héroïques amours dont le cœur féminin n'a pas perdu le secret, et qui les sollicitent en quelque sorte à la grandeur, on les en voit embarrassés, importunés. Ils prennent à tâche de l'amoindrir, de le déprimer, de le taillera leur mesure.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Je veux bien qu'une grande âme se dévoue à l'amour, mais que ce soit en reine et non en esclave. Les femmes abaissent le dévouement jusqu'à l'abandon de soi ; et quand elles se plaignent d'être abandonnées, elles oublient trop qu'elles ont, en quelque sorte, donné l'exemple.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Les amours, et j'entends les plus nobles, périssent très souvent par trop peu de fierté chez la femme et trop peu de délicatesse chez l'homme. L'une excède la mesure de la condescendance et ennuie ; l'autre excède la mesure des exigences et révolte. Une conscience plus juste de sa propre valeur chez la femme, un sentiment moins rude de sa supériorité chez l'homme, maintiendraient l'harmonie, et prolongeraient la durée d'un sentiment qui n'est pas aussi essentiellement mobile et éphémère qu'on affecte chez nous de le croire.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Il y a dans la faiblesse de la femme une puissance attractive que la force de l'homme subit avec étonnement, qu'il flatte et qu'il maudit tour à tour comme une tyrannie, parce qu'il en coûterait trop à son orgueil d'y reconnaître une loi providentielle. Les archives du genre humain, épopées, histoires et légendes, sont remplies de témoignages éclatants de ce charme mystérieux : Eve et Marie, Minerve et Vénus, les Muses et les Sirènes, Armide et Béatrix, Cléopâtre et Jeanne d'Arc, en sont les figures immortelles. La femme est plus voisine que l'homme de la nature. En dépit de la Genèse, je serais tenté de croire qu'elle l'a précédé dans l'ordre de la création. L'influence que la femme exerce, comme à son insu, participe des influences naturelles. Son œil a les fascinations de la mer ; sa riche chevelure est un foyer électrique ; les ondulations de son corps virginal rivalisent de grâce et de souplesse avec les courbes des fleuves et les enlacements des lianes ; et le Créateur a donné à son beau sein la forme des mondes.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

J'errais un soir sous les ombrages de la villa d'Esté. Pensif, je m'arrêtai auprès d'un mausolée dont la longue inscription rappelait apparemment les honneurs, les titres, le rang et les richesses d'un personnage jadis illustre. Un lierre avait poussé, et son feuillage touffu cachait presque en entier la pompeuse épitaphe. Éternelle sagesse de la nature, pensai-je, comme tu voiles avec douceur les vanités éphémères de l'homme !
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

L'homme voulait se faire semblable à Dieu ; les prêtres ont fait Dieu semblable à l'homme ; et la vanité de l'esprit humain s'est contentée.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Il n'est point vrai, comme le craignent quelques-uns, que les peuples modernes s'acheminent, par la conformité des mœurs et l'égalité des conditions, vers une existence monotone. Dans la nature comme dans l'art, quand les grands contrastes cessent de s'accuser, les nuances délicates apparaissent. Entrez dans nos jardins, voyez comment, du rapprochement des espèces, naît une infinité de variétés charmantes. À mesure que les oppositions se fondent, de plus douces harmonies se combinent. La musique de Mozart, la peinture de Raphaël, n'offrent ni les tons heurtés ni l'éclat tapageur des œuvres de la barbarie.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Les rapides changements qu'ont amenés dans les conditions de temps et d'espace les découvertes de la science moderne, peuvent faire pressentir pour l'avenir une immense amélioration, non seulement dans la condition sociale de l'espèce humaine, mais encore dans la constitution physique et morale de l'individu. Lorsqu'il sera donné à l'homme de parcourir avec la rapidité de l'éclair tous les points du globe ; quand il pourra passer incessamment d'un climat à l'autre, des neiges éternelles du Septentrion aux chaleurs tropicales, respirer presque au même instant les vapeurs subtiles des hautes montagnes, les courants salins des mers et l'épaisse atmosphère des plaines intérieures ; quand il sera devenu l'hôte familier de l'air, comme il est aujourd'hui l'hôte des océans ; quand non plus seulement la table des souverains et des grands, mais la table du moins riche des citoyens sera chargée des produits divers des latitudes les plus éloignées ; peut-on douter que l'organisation si souple et si modifiable de l'homme n'arrive, par toutes ces assimilations nouvelles, à un état plus parfait ? Joignons à cela le commerce spirituel par le mutuel échange des idiomes et des littératures, la participation facile à toutes les manifestations de la pensée, chez toutes les races, et nous ne pourrons pas mettre en doute que toutes ces influences combinées doivent concourir à la formation d'un être aussi supérieur à l'homme actuel que l'habitant des grandes villes, par exemple, l'est aujourd'hui au rustre de certaines campagne.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

L'homme n'arrive que par de bien lents progrès à comprendre, à aimer son semblable : le dernier sentiment auquel s'élève l'humanité, c'est l'humanité.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

L'homme moderne, dont le travail ardu et la science un peu sombre cherchent, dans les entrailles du passé, les origines cachées et le secret des formations primitives, c'est le mineur persévérant qui arrache aux profondeurs du sol les métaux précieux, mais qui respire, dans une ombre malfaisante, au grand détriment de sa constitution, une multitude de gaz délétères.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Rien de plus rare, de nos jours, qu'une activité bien tempérée. L'homme moderne est inquiet ou abattu. On dirait que les horizons de la vie se sont trop étendus pour la mesure de ses vues et de ses étreintes. Mais, hélas ! ne seraient-ce point des horizons d'automne, qui ne s'étendent, en apparence, que parce que les arbres se dépouillent ?
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

L'homme antique ne connaissait que la vie publique et la vie de famille, le forum et le foyer. Il n'avait point inventé ce commerce frivole dont les salons sont le théâtre, et d'où la passion, la sincérité, le sérieux sont bannis par les femmes qu'on y voit régner en souveraines. Il n'aurait pas même compris ce parti pris de fadeur, de faux semblants, de galanterie équivoque, de bel esprit subtil et sans autre but que celui de faire passer les heures, si courtes pour l'homme qui saurait vivre. Il n'eût pas consenti à abdiquer ainsi chaque soir la dignité de son caractère, à rabaisser son esprit, à travestir son âme pour le divertissement des femmes coquettes.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

L'homme des campagnes vit isolé ; l'homme des grandes villes, refoulé. Chacun d'eux soupire après le bien qu'il suppose être le partage de l'autre et qu'aucun d'eux ne possède : le libre et sympathique échange des idées et des sentiments avec son semblable.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Si l'homme sauvage reste trop voisin de l'animal, l'homme des civilisations raffinées s'en éloigne trop. Il a rompu avec ces traditions touchantes dont les récits symboliques plaçaient toujours un animal sacré comme témoin ou acteur muet, mais sensible, dans les grands événements de l'humanité. Ainsi, une chienne allaite Cyrus ; Romulus est nourri par une louve ; Moïse garde les brebis, et le Sauveur du monde naît dans une étable.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

La femme connaît mieux l'homme que l'homme ne connaît la femme. L'amour ayant été chez tous les peuples la principale, presque l'unique affaire du sexe faible, il n'est pas étonnant qu'il y ait porté toute son intelligence et ce merveilleux don d'observation qui lui est propre. Là où les hommes, fatigués d'agir au dehors, ont cherché l'oubli des choses, les femmes en ont cherché l'explication. Elles se sont plu à surprendre, dans l'ivresse des sens et de la raison, le secret de la nature masculine, parce que de ce secret dépendait souvent toute leur destinée. Il y a eu toujours jusqu'ici, il y aura longtemps encore, un peu de Dalilah dans chaque femme.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Plus l'esprit humain pénétrera dans les profondeurs du monde moral, plus il reconnaîtra ces différences naturelles des âmes, mieux aussi les fondements de la famille seront assurés. À la loi de rigueur qui a pesé jusqu'ici sur l'union conjugale, succédera la loi de grâce, plus puissante et plus douce tout ensemble, qui enlacera de ses souples anneaux le père, la mère, l'enfant, ces trois existences inséparables dans l'idée divine, prédestinées à se compléter l'une par l'autre, qui s'appellent et se commandent en quelque sorte dans la vie spirituelle tout aussi bien que dans la vie charnelle.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Ce qui montre le mieux combien l'homme est destiné, par sa nature même, à la vie extérieure, c'est qu'il a chez lui, quand il est forcé d'y demeurer seul, un sentiment d'abandon et d'isolement presque intolérable. La femme, au contraire, sent la maison remplie, animée de sa seule présence. C'est elle qui constitue, à proprement parler, la famille, le foyer. Contemplative, recueillie, sédentaire par nature, son âme est le sanctuaire du Dieu domestique. Elle absente, la maison n'est plus qu'un abri sans consécration, dont la grâce mystérieuse s'est évanouie.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

En lui laissant croire qu'il poursuit un but qu'il s'est posé, la sage et patiente nature conduit doucement l'homme à la fin qu'elle lui assigne.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Très peu de femmes, dans l'état actuel de nos mœurs, sont capables d'amitié. Habituée au despotisme ou à l'esclavage, leur âme faible ou altière, toujours emportée au delà du juste et du vrai, ne sait point goûter le charme tempéré d'un sentiment sérieux et solide qui repose sur une égalité parfaite.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

La vieillesse avancée ne prétend rien pour elle ; n'ayant plus rien à espérer, plus rien à convoiter, elle est si près de la fin des choses qu'elle les voit sous leur jour véritable, sans illusion et sans colère.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Le vulgaire n'est pas capable d'apprécier une œuvre d'art dans son ensemble et selon les conditions essentielles du beau, qu'il ignore. Il ne sait ce que c'est que composition, proportion, développement logique. L'art si difficile des transitions, le secret des nuances, la préparation des effets, les délicatesses du style, le choix des circonstances et jusqu'à l'habileté des omissions, tout cela échappe à ses perceptions grossières, qu'aucun exercice intellectuel n'a raffinées. Il n'est guère sensible qu'au choix du sujet. C'est par là qu'il est tout d'abord attiré ou repoussé. Puis il se laisse prendre à la déclamation, à l'emphase, à la banalité surtout des sentiments et des paroles dans laquelle il se retrouve lui-même avec délices.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Il y a l'art serf et l'art libre ; l'artiste subalterne qui s'asservit à la nature, et l'artiste, si bien nommé maître, qui la possède. Pour l'un, le but suprême est de copier une forme ; pour l'autre, c'est de faire obéir la forme à sa pensée.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)

Il existe des femmes qui, par un fol amour de la parure et du luxe, vendent leur honneur et leur liberté. On leur a donné le nom de femmes entretenues. À la lecture de quelques écrivains surchargés d'ornements étrangers, et dont l'indigence naturelle se cache mal sous un faste d'emprunt, je serais tenté de dire qu'il y a aussi des styles entretenus.
Marie d'Agoult ; Esquisses morales (1849)