Lettre de George Sand à Alfred de Musset.

Les lettres d'amour.

L'an 1834.



J'étais au désespoir. Enfin j'ai reçu ta lettre de Genève.
Oh ! que je t'en remercie mon enfant ! Qu'elle est bonne et qu'elle m'a fait du bien.
Est-ce bien vrai que tu n'es pas malade, que tu es fort, que tu ne souffres pas ?
Je crains toujours que par affection, tu ne m'exagères cette bonne santé.
Oh ! que dieu te la donne et te la conserve ! mon cher petit.
Cela est aussi nécessaire à ma vie désormais que ton amitié.
Sans l'une ou sans l'autre, je ne puis espérer un seul beau jour pour moi.
Ne crois pas, ne crois pas, Alfred, que je puisse être heureuse avec la pensée d'avoir perdu ton cœur.
Que j'aie été ta maîtresse ou ta mère, peu importe.
Que je t'aie inspiré de l'amour ou de l'amitié ; que j'aie été heureuse ou malheureuse avec toi,
tout cela ne change rien à l'état de mon âme à présent.

Je sais que je t'aime et c'est tout...


George Sand.