Lettre de Victor Hugo à Léonie Biard (3)

Lettre écrite à Léonie Biard

Tu es un ange : je baise tes pieds, je baise tes larmes ! Je reçois ton adorable lettre, j'ai à peine le temps de t'écrire ce mot, moi pauvre galérien travaillant nuit et jour, mais toute mon âme est pleine de toi, mais je t'adore, mais tu es la lumière de mes yeux, mais tu es la vie même de mon cœur.

Je t'aime vois-tu, je t'aime au delà des paroles, au delà des regards et des baisers ! La caresse la plus passionnée et la plus tendre est encore au dessous de l'amour que j'ai pour toi et qui me déborde ! Oh oui, tu as raison, ce que je te disais hier était bien profond et venait de tout ce qu'il y a de meilleur et de plus vrai dans l'amour, tu le sens mon ange, tu me le dis en mots adorables, je te remercie, je me mets à genoux devant toi. Je baise chaque mot de ta douce lettre si exquise, et si passionnée. Oh ! Que je t'aime.

Prends ma vie ; prends mon avenir, prends ma liberté, prends toutes mes actions, prends toutes mes pensées, prends le souffle de ma bouche, le sang de mes veines, les heures de mes jours et de mes nuits ; prends mes rêves, mes espérances, mes joies et mes peines, prends tout de moi, prends mon âme et garde à jamais mon cœur ! Il est midi, j'ai à peine le temps de déjeuner, de m'habiller et de courir à toi.

Je t'aime, je t'aime ! Entends-tu, ma vie !
Oh ! Sois heureuse, tu es si aimée !

Victor Hugo