Lettre de Victor Hugo à Léonie Biard (4)

Lettre d'amour à Léonie Biard

Je maudis le dimanche ; c'est un jour où je ne te vois jamais ; et puis, le dimanche la poste prend ses aises et je ne reçois jamais ta lettre que le lendemain. Hier soir je n'ai rien eu, et quoique je sache que la faute en est au dimanche et à la poste, j'ai été triste ; car tu es mon astre ; si tu t'en vas de mon horizon, il pleut et tout est noir. Ce matin, mon soleil est revenu, on m'a apporté ta lettre, ta douce lettre, ta lettre bien- aimée. Que tu es charmante, mon ange ! Ce que tu écris est comme ce que tu dis. C'est tendre, c'est profond, c'est ravissant, c'est beau ; c'est toi. – Tiens ! Je t'aime !

Que je voudrais t'avoir là en ce moment. Toutes ces exquises paroles qui sont dans ta lettre, je les redemanderais à tes lèvres. Ma bouche les cueillerait sur ta bouche ; mon âme les prendrait à ton âme.

Ô ma lumière, ne t'éteins jamais. Songe que sans toi, mon cœur ne serait que douleur et ténèbres. Aimer, c'est vivre, aimer, c'est voir, aimer, c'est être.

Être aimé de toi, c'est posséder tout à la fois la volupté comme les hommes et le paradis comme les anges. Cet immense bonheur, il est en ce moment dans ma pensée ; demain il sera dans mes bras. Demain ! Qu'il y a encore de siècles jusqu'à demain ! Oh ! Pense à moi, aime-moi. Et demain, je te rendrai tout l'amour que tu m'auras donné.

Victor Hugo