À la mélancolie, de Collin d'Harleville (1805)

À la mélancolie.

Recueil : Poésies fugitives (1805)

Aliment et poison d'une âme trop sensible,
Toi, sans qui le bonheur me serait impossible,
Tendre mélancolie ! ah ! viens me consoler :
Viens calmer les tourments de ma sombre retraite,
Et mêle une douceur secrète
À ces pleurs que je sens couler.
Loin de moi, vains plaisirs que le monde idolâtre !
Ces rires insensés, cette gaieté folâtre,
Semblent braver ma peine, et ne font que l'aigrir.
J'aime mieux mes soupirs, ma tristesse, mes larmes
Ma langueur a pour moi des charmes ;
Je souffre... et ne veux point guérir.

Fidèles au malheur, comme à la solitude,
Nourrissez de mon cœur la longue inquiétude,
Souvenirs qui touchez, même en nous déchirant ;
Que je dise à ma dernière heure :
« On me plaint, on m'aime, on me pleure ; »
Que je sourie en expirant.


Jean-François Collin d'Harleville