À l'automne des jours, de Jules Bertrand (1847)

À l'automne des jours.

Recueil : Fleurs d'automne (1847)

Lorsque tu nais, enfant, pour apaiser tes pleurs
Un hochet t'est donné qui calme ta misère ;
Pour toi, pauvre bouton né de vivantes fleurs,
Le premier des hochets est le sein de ta mère.

Après, — des jours riants autour de ton berceau,
Un par un sur ton front tressent une couronne ;
— C'est l'espoir de la vie : — en est-il un plus beau ?
Ce hochet des hochets c'est Dieu seul qui le donne.

Puis alors, tu grandis par des jours moins sereins,
Par de légers tourments ton enfance est suivie ;
Et le hochet qu'on offre à tes premiers chagrins,
C'est l'étude sévère, — âme de notre vie.

Enfin l'adulte arrive ; oh ! déjà, pauvre enfant,
Les pensers par milliers prennent ta tête folle ;
Tu rêves pour hochet un avenir brillant,
Et celui que tu prends, souvent hélas ! s'envole.

L'âge viril alors sait choisir le hochet
Que Dieu dans ton cerveau, durant ta longue enfance,
Par un secret profond sans cesse te cachait,
Et que font découvrir l'âge et l'expérience.

Le Temps avec son aile a blanchi tes cheveux
Si noirs, si beaux jadis, et dont la moitié tombe ;
Il te donne un bâton pour que tu marches mieux,
C'est ce dernier hochet qui conduit à la tombe.


Jules Bertrand.