À mes enfants, de Jean Lacou (1869)

À mes enfants.

Recueil : Les heures d'un prisonnier (1869)

Mes doux enfants, loin de votre présence
Je souffre hélas ! comme un infortuné ;
Je les sens trop ces douleurs que l'absence
Fait éprouver au pauvre condamné !
Mais, près de vous est votre bonne mère,
Vous répétant : « Il n'est pas malheureux !
Il reviendra, oui bientôt, je l'espère...
En attendant, enfants, soyez heureux !
Il reviendra..., car il est en voyage. »

Hélas ! enfants, il faut bien vous tromper :
Car autrement votre front sans nuage
D'un noir frisson pourrait s'envelopper...
Le mot prison rend l'enfance peureuse,
Son jeune cœur devient tout douloureux ;
Trop tôt, hélas ! vient la vie orageuse...
En attendant, enfants, soyez heureux !

Vous grandirez, vous connaîtrez le monde,
Les orgueilleux, les calomniateurs,
Regardez bien, chers enfants, à la ronde,
Avant d'aller vers tous ces imposteurs ;
Soyez prudents, braves et charitables,
Aimez les gens aux pensers généreux ;
Vous le verrez, nos biens sont peu durables.
En attendant, enfants, soyez heureux !


Jean Lacou.