Adieu amour, de Pierre Grolier (1875)

Adieu.

Recueil : Ballades et romances (1875)

Charmante Alicia, puisque je dois partir
Prenez encor ces vers pour dernier souvenir.
Daignez, dans votre album, leur trouver une place,
Afin que quelque jour votre regard distrait
Me donne, en les voyant, un instant de regret.

« Le temps, vous direz-vous alors, le temps efface
Bien des affections, sans en laisser de trace ;
Celui-là qui m'aimait d'un véritable amour,
Sans doute en aime une autre, et l'encense à son tour. »

Peut-être, alors, peut-être une triste pensée,
Vous viendra, pour avoir cet amour repoussé ;
Peut-être, en ce temps-là, saurez-vous mieux le prix
De cette affection, qui n'a que vos mépris.

Moi, cependant, toujours à mon culte fidèle,
Je songerai souvent combien vous étiez belle ;
Combien votre gaieté, combien votre candeur,
De votre esprit charmant animaient la douceur.

Quel bonheur c'eût été de voir votre âme tendre
S'émouvoir aux discours qu'elle daignait entendre ;
Quel bonheur de sentir votre charmante main
Trembler, quand mon aveu sollicitait le sien.

Si parfois un billet, d'écriture ignorée,
M'arrive, en le voyant, bien fort mon cœur battra,
Et l'espoir, un instant, dans mon sein rentrera.
Puis, d'erreur en erreur, et d'année en année,
Je perdrai cet espoir, faible, mais consolant,
Et je retomberai dans mon triste néant.


Pierre Grolier.