Adieu, de Jean Lacou (1869)

Adieu.

Recueil : Les heures d'un prisonnier (1869)

Aux jours brillants du printemps de ma vie,
J'avais rêvé la gloire et son bonheur ;
Toujours poussé par l'orgueil et l'envie,
Je marchais fier dans un chemin trompeur.
Mais aujourd'hui j'ai replié mes ailes,
Et, repentant, je m'en retourne à Dieu.
Pourtant, ô palmes immortelles,
En pleurant, je vous dis adieu !...

Lorsque autrefois je prenais ma nacelle
Pour voyager sur une mer d'azur,
J'allais, chantant quelque chanson nouvelle,
Sous un beau ciel où brillait un air pur !...
Mais maintenant j'y vois courir l'orage,
Et je frémis en voyant mon enjeu...
Ô calme et fortuné rivage,
En pleurant, je te dis adieu !...

Un saint amour enchantait ma carrière ;
Je lui donnais une part de mon cœur :
Ivre toujours d'une espérance chère,
De ses doux fruits j'adorais la liqueur ;
Mais en brisant ma coupe d'ambroisie,
J'ai vu, hélas ! s'enfuir mon plus cher vœu.
Ô bel ange de poésie,
En pleurant, je te dis adieu !...


Jean Lacou.