Des pleurs d'amour, de Jules Canonge (1869)

Ses pleurs.

Recueil : Varia (1869)

Comme la fleur sur la prairie,
Comme l'étoile au firmament,
J'ai, dans les yeux de mon amie,
Vu des pleurs briller doucement,
Comme l'étoile au firmament,
Comme la fleur sur la prairie.

Dans les ombres de ma souffrance,
Il me semblait qu'à l'horizon,
À travers ces pleurs, l'espérance
M'envoyait un premier rayon
Dans les ombres de ma souffrance.

Ah ! si l'on avait pu connaître
Le fond de ce penser rêveur !
Il contenait, pour moi peut-être,
Tout un avenir de bonheur...
Ma part dans ce penser rêveur,
Oh ! si j'avais pu la connaître !

Tout devint plus vague que tendre ;
Par elle un mot fut prononcé,
Mais, si bas qu'on ne put l'entendre :
Au ciel son œil s'était fixé...
Tout resta plus vague que tendre.

Et je n'en sais pas davantage
Aujourd'hui que le premier soir ;
Et, pour relever mon courage,
Je n'ai rien ! pas même l'espoir,
Demain mieux que le premier soir,
D'en savoir jamais davantage !

Ah ! l'on sonderait le mystère
De la mer et du firmament
Ou de l'Etna l'ardent cratère
Avant d'avoir pu seulement
D'une âme entrevoir le mystère !

Tout cœur de femme est un problème
Qu'on n'a que s'il veut se livrer ;
Et c'est lorsque le mieux on aime
Qu'on sait le plus mal pénétrer,
Tant qu'il ne veut rien nous livrer,
Ce charmant et fatal problème !


Jules Canonge.