Espoir et souvenir, de Cadet de Gassicourt (1818)

Espoir et souvenir.

Recueil : Poésies diverses (1818)

Le Temps, dont l'aile est si légère,
Jamais sur ses pas ne revient :
Lorsque l'on aime, l'on espère ;
Est-on heureux, on s'en souvient.
On embellit son existence
Par le passé, par l'avenir :
Pour la jeunesse est l'espérance,
Pour les vieillards le souvenir.

J'aime avec transport ma maîtresse,
Et mes amis avec ardeur.
Si mon amitié, ma tendresse
Semblent se partager mon cœur,
Je sens entre eux la différence,
Et je veux bien en convenir :
Lorsque l'Amour vit d'espérance,
L'Amitié vit de souvenir.

Près de ma maîtresse, vive et belle
Je sens toujours nouveaux désirs ;
Sa gaieté franche me rappelle
Nos serments, nos jeux, nos plaisirs.
Pour s'assurer de ma constance,
Avec art elle sait unir
Au charme heureux de l'espérance
L'attrait puissant du souvenir.

Notre plus pure jouissance
Vient du bien que nous avons fait :
Suivons la loi de bienfaisance
Pour goûter un plaisir parfait.
Du malheureux dont la souffrance
Avec un peu d'or doit finir,
Qui réalise l'espérance
Achète un bien doux souvenir.

Amis, je ne pourrai sans cesse
Aimer, chanter, boire avec vous ;
Usons des moments que me laisse
Un dieu de mon bonheur jaloux :
Et quand, rompant notre alliance,
Le Temps viendra nous désunir,
Consolez-moi par l'espérance
De vous laisser mon souvenir.


Charles Louis Cadet de Gassicourt.