La famille, de Collin d'Harleville (1805)

La famille.

Recueil : Poésies fugitives (1805)

Quand, pour couronner son ouvrage,
Dieu fit le père des humains,
Et sur son immortelle image
L'eut formé de ses propres mains,
Dieu dit : « Se suffire à soi-même
Serait pour l'homme un triste honneur :
Je veux qu'il soit aimé, qu'il aime ;
Là seulement est le bonheur. »

Dieu créa donc aussi la femme,
Et l'embellit comme à plaisir :
Dans ses yeux, au fond de son âme,
Il verse amour, pudeur, désir.
Je laisse à juger les tendresses
Que lui prodigue un jeune époux :
Maintenant encor, leurs caresses
Nous servent de modèle à tous.

Il fallut alors, et, je pense,
La chose avait bien sa douceur,
Que, sans scrupule et sans dispense,
Le frère s'unît à la sœur.
Mais aujourd'hui qu'aux sœurs des autres
Nous faisons agréer nos soins,
Si nous n'épousons pas les nôtres,
Nous ne les en aimons pas moins.

De cette union fraternelle
Naquit un si nombreux essaim,
Qu'enfin la maison paternelle
Ne put les tenir dans son sein.
Lors, en des cabanes voisines,
Que sans architecte on bâtit,
Avec ses charmantes cousines
Joyeusement on s'assortit.

C'est de là, tous tant que nous sommes
Que nous venons, petits et grands ;
À le bien prendre, tous les hommes
Ne sont-ils pas un peu parents ?
Aussi, moi, toute femme ou fille
A le droit de m'intéresser :
Je lui trouve un air de famille,
Et j'irais presque l'embrasser.


Jean-François Collin d'Harleville

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