La jeunesse n'a qu'un temps, de Henri Murger (1862)

La jeunesse n'a qu'un temps.

Recueil : Les nuits d'hiver (1862)

Notre avenir doit éclore
Au soleil de nos vingt ans !
Aimons et chantons encore ;
La jeunesse n'a qu'un temps.

Cuirassés de patience
Contre le mauvais destin
De courage et d'espérance
Nous pétrissons notre pain.
Notre humeur insoucieuse,
Aux fanfares de nos chants,
Rend la misère joyeuse,
La jeunesse n'a qu'un temps.

Si la maîtresse choisie,
Qui nous aime par hasard,
Fait fleurir la poésie
Aux flammes de son regard,
Lui sachant gré d'être belle,
Sans nous faire de tourments
Aimons-la, — même infidèle...
La jeunesse n'a qu'un temps.

Puisque les plus belles choses,
Les amours et la beauté,
Comme le lis et les roses,
N'ont qu'une saison d'été,
Quand mai tout en fleurs arbore
Le drapeau vert du printemps,
Aimons et chantons encore :
La jeunesse n'a qu'un temps.

Notre avenir doit éclore
Au soleil de nos vingt ans !
Aimons et chantons encore ;
La jeunesse n'a qu'un temps.


Henri Murger.