La mort de l'amour, de Pierquin de Gembloux (1829)

La mort de l'amour.

Recueil : Nouvelles poésies (1829)

Si dans ce monde au-dessus de l'azur
L'amour survit à la mortelle ivresse ;
Si notre cœur et plus tendre, et plus pur,
Conserve encor sa naïve tendresse ;

Si les beaux yeux de celle qu'on chérit,
Cessent enfin d'être humides de larmes ;
Si notre image occupe son esprit,
Ah ! de la Mort que j'adore les charmes !

Séjour d'amour, de vertus et de paix,
Montrez-moi donc vos sphères inconnues,
Enivrez-moi de vos divins attraits,
Laissez voler mon âme dans les nues.

Est-ce pour soi qu'on redoute la Mort !
Est-ce pour nous que nous tremblons sans cesse !
Non : lorsqu'on veut descendre au sombre bord,
Tous nos regrets sont pour notre maîtresse.

Espérons tout de ce tendre avenir,
Nous aimerons ; notre âme est immortelle,
Elle s'échappe au milieu d'un soupir,
Regret touchant qu'on donne à la plus belle.

Ce cœur brûlant que l'on fit palpiter,
Qui répondit aux élans de notre âme,
Dans le tombeau va se précipiter,
Avec ses vœux, ses serments et sa flamme.

Néris, ce monde est le berceau du cœur ;
L'amour, l'amour, voilà sa jouissance :
De l'âme entière il forme l'existence,
S'il est sans tache on le nomme bonheur !


Claude-Charles Pierquin de Gembloux