La rosée, de Henri Murger (1862)

La rosée.

Recueil : Les nuits d'hiver (1862)

Le sylphe matinal qui verse la rosée,
Trop amoureux du lys, oublia ce matin
De baigner l'humble fleur demi-morte et brisée
Qu'une larme du ciel ranimerait soudain.

Comme fait un amant avec sa fiancée,
À quelque muse triste ayant donné la main,
Cherchant la paix, pied lent, tête baissée,
Un poète le soir traversa le chemin.

Soit amour mal éteint, soit douleur mal fermée,
Il pleurait en marchant sous l'ombreuse ramée ;
Une larme tomba de ses yeux sur la fleur,

Sur la fleur demi-morte au pied du lys superbe,
Et qui reprit bientôt, parmi ses sœurs de l'herbe
Son arôme champêtre et ses vives couleurs.


Henri Murger.