L'amitié, de Jean-Louis Bridel (1782)

L'amitié est le vrai bien du sage.

Recueil : Poésies et romances (1782)

L'amitié seule est le vrai bien du sage,
L'amour trompeur,
Par l'ombre du bonheur
Dupe souvent le coeur :
L'amant le moins volage
Dit aux pieds de l'Iris,
Dont ses yeux sont épris,
L'amitié seule est le vrai bien du sage.

Souvent l'amour nous conduit au naufrage
Un calme heureux,
D'abord comble nos vœux :
Mais bientôt dans les cieux
Se forme un noir orage :
Le plaisir disparaît,
Arrive le regret ;
L'amitié seule est le vrai bien du sage.

Que l'amitié soit donc notre partage ;
Dans son lien
Notre cœur sera bien ;
Nous ne craindrons plus rien :
Par un rare assemblage
Nous verrons le plaisir
Naître au sein du désir :
L'amitié seule est le vrai bien du sage.

L'amour est fait pour le printemps de l'âge
C'est une fleur,
Mais qui perd sa couleur,
Dès qu'écartant l'erreur
La raison l'envisage ;
Le cœur longtemps dupé,
Reconnaît qu'il est trompé ;
L'amitié seule est le vrai bien du sage.

L'amitié donne un paisible ombrage
Toujours en paix
Sous son feuillage épais,
De l'aquilon jamais
On ne craint le ravage :
Ses rameaux toujours verts
Affrontent les hivers ;
L'amitié seule est le vrai bien du sage.

Que l'amitié chez nous soit l'apanage
Du sentiment.
Quand le coeur est constant,
Son lustre est plus brillant,
Rien n'en ternit l'image :
Aucun masque imposteur
Ne rend son air trompeur ;
L'amitié seule est le vrai bien du sage.


Jean-Louis Bridel.