L'Amour et l'Amitié, de Jean-Antoine Thomeguex (1830)

L'Amour et l'Amitié.

Recueil : Poésies genevoises (1830)

Un soir on frappait à ma porte.
Brusquement je fus éveillé.
— Qui peut donc agir de la sorte :
C'étaient l'Amour et l'Amitié.
— Quoi ! c'est vous, jeunesse incivile !
Pourquoi donc faire un tel fracas ?
— En pénétrant dans votre asile,
Nous nous disputions pour le pas.

Entre nous deux soyez arbitre,
Nous ne pourrions pas mieux choisir.
— Moi, dit l'Amour, voici mon titre :
Je suis le père du plaisir.
Pour balancer cet avantage,
L'Amitié dit avec douceur :
Si le plaisir est votre ouvrage,
C'est à moi qu'on doit le bonheur.

D'un magistrat en audience
Je prends alors la gravité :
— Donner à l'un la préséance
Serait trahir la vérité ;
Tous deux aux mortels favorables,
Cessez de grâce vos débats :
Vous devez être inséparables,
Entrez chez moi du même pas.

L'Amour, d'une audace effrénée,
Envahit tout mon logement,
Sans égard pour sa sœur aînée.
— Halte-là ! petit garnement !
Quand chez moi le sort vous rassemble.
Jouissez de tout par moitié :
Un sage doit savoir ensemble
Loger l'Amour et l'Amitié.


Jean-Antoine Thomeguex.