L'amour impossible, de Augustine Blanchecotte (1861)

L'amour impossible.

Recueil : Nouvelles poésies (1861)

Tu n'en as pas voulu de cet amour suprême,
Qui ne demandait rien que de pouvoir t'aimer ;
La voix qui te disait si tendrement : Je t'aime !
Au lieu d'ouvrir ton cœur l‘a fait se refermer.

Tu n'en as pas voulu, pour marcher dans la vie,
De ce bras où ton bras lassé puisse s'appuyer,
Et qui voulait te soutenir en la route poursuivie,
Soutien paisible et fort que rien n'eût fait ployer.

Tu n'en as pas voulu, de ce divin sourire,
Illuminant ton rêve et réchauffant ton cœur,
D'une âme qui fût tienne, où ton âme pût lire,
Et qui t'eût révélé par l'amour l'infini bonheur.

Tu n'en as pas voulu de cette amitié charmante,
D'un cœur austère et sûr, grave et tendre à la fois,
Qui te fût une amie comme on est une amante,
Réclamant tes douleurs pour en porter le poids.

Le bonheur sur la route qui avait su t'attendre,
A perdu sa patience, et de toi toute espérance :
Toi qui n'as pas voulu de cet amour si tendre,
Je te dis bon voyage, et te souhaite bonne chance.


Augustine Blanchecotte.