Le crépuscule, de Jules Canonge (1869)

Le crépuscule.

Recueil : Varia (1869)

— Le crépuscule est dangereux.
Qu'en pensez-vous ? — Moi ? rien... j'écoute !
Un jour, nous étions là tous deux
Vous l'avez oublié sans doute ?

Le sourire épanouissait
Votre lèvre et votre prunelle,
— À propos de quoi ? — Qui le sait ?
On rit de tout quand on est belle.

Mais, à mesure que le jour
Baissait, quelques reflets bleuâtres
De l'ombre annonçaient le retour
Et nous nous sentions moins folâtres.

Un moment vint où l'on cessa,
Moi de parler, vous de répondre.
Votre sourire s'éclipsa ;
Tout commençait à se confondre.

Voyant grandir votre embarras,
Je me levai, sans rien vous dire.
Vous sonnâtes ; on ne vint pas...
Point de valet pour me conduire.

L'escalier était ténébreux.
Je partis longeant la muraille...
Le crépuscule est dangereux !...
Qu'en dites-vous ? — Moi ? rien. Je raille :

Le crépuscule est dangereux
Si, n'ayant pas la tête forte,
On a le cœur trop langoureux ;
Mais, quand est sage, qu'importe ?


Jules Canonge.