Le mariage par erreur, de Fusée de Voisenon (1744)

Le mariage par erreur.

Recueil : Les mariages assortis (1744)

L'amour n'est pas toujours un flambeau bien fidèle,
Sa flamme éblouit trop pour ne consulter qu'elle ;
Et quand la main du temps l'éteint dans nôtre cœur,
Souvent de nôtre choix nous découvrons l'erreur.

L'amour-propre est honteux d'avoir pu se méprendre,
La froideur, le dégoût, veillent pour nous surprendre ;
D'un joug qui nous contraint, nous détestons les lois,
Mais la richesse au moins en adoucit le poids.

Quand on veut simplement choisir une maîtresse,
Ce n'est qu'à l'amour seul qu'il faut que l'on s'adresse,
Il couvre nos regards du bandeau des heureux,
Si la raison un jour l'arrache de nos yeux.

On quitte sa maîtresse, en éteignant sa flamme ;
Mais par malheur, il faut toujours garder sa femme,
Et l'on est trop heureux de pouvoir l'estimer,
Si par caprice un jour on cesse de l'aimer.



Claude-Henri de Fusée de Voisenon.