Le regard, de Jean-François Pellet (1828)

Le regard.

Recueil : Le barde des Vosges (1828)

Oh ! qu'un regard, doux messager de l'âme,
Quand il lui plaît sait bien nous émouvoir !
C'est là qu'Amour en traits de flamme,
Mieux qu'ailleurs grava son pouvoir.
Pour triompher d'un cœur rebelle,
Pour enchaîner un amant à son char,
Vous le savez !... que faut-il ?... d'une belle
Rien qu'un regard.

Simple et naïf dans l'âge d'innocence,
C'est un éclair, un feu dans le désir.
Il est rêveur en votre absence,
Presque divin dans le plaisir.
Quand la beauté, moins sûre d'elle,
Voit un amant prêt à quitter son char,
Quel talisman retiendra l'infidèle ?
C'est un regard.

Dans un regard ne sais combien de charmes
Semblent s'unir pour enivrer nos sens.
Je m'attendris avec ses larmes ;
Sa volupté, je la ressens.
Quand du départ a sonné l'heure,
Que d'un amant fuit à regret le char,
Qui le suivra pour lui dire : On te pleure ?
C'est un regard.

Premier regard, qui de nous se rend maître,
Fait bien souvent le destin de nos jours ;
De la blessure qu'il fit naître
Le cœur se ressouvient toujours.
L'amant au terme de la vie,
Voit-il la mort et son lugubre char,
Dernier adieu qu'il fait à son amie,
C'est un regard.


Jean-François Pellet.