Le soir, de Auguste Ramus (1843)

Le soir.

Recueil : Poésies diverses (1843)

I.

Spectacle ravissant ! ô nature immortelle !
L'horizon rouge encor du soleil qui nous fuit
Va blanchir au couchant... c'est l'heure solennelle
Qui précède la nuit.

Rentrez dans le hameau, pâtres, troupeaux, bergères,
Moissonneurs fatigués par les travaux du jour ;
Vous, enfants vagabonds, ne tardez plus, vos mères
Attendent le retour.

C'est le repas du soir, c'est l'heure où l'on se couche,
Que vous faut-il de plus ? Vous dormirez en paix.
Dans ces splendeurs que j'aime il n'est rien qui vous touche :
Vous ne rêvez jamais.

Que vous fait cette nuit, ce calme, ce silence ?
La lune, blanche reine, est sans attraits pour vous.
Qu'importe que les flots murmurent en cadence :
Que l'air soit pur et doux.

La pluie et la chaleur fécondent la nature :
C'est l'été, dites-vous, et nos fruits vont mûrir.
Rien qu'à voir le soleil dessécher la verdure,
Je dis : Il faut mourir.

Où vais-je ?... Qu'ai-je fait ?... Laissez-moi, solitaire,
M'égarer dans vos bois quand le hameau s'endort...
Que ne puis-je, à mon tour recevoir mon salaire,
Et rentrer dans le port ;

Rencontrer sur le seuil des enfants, une femme ;
Partager avec eux et le lait et le miel ;
Puis m'endormir joyeux, et le calme dans l'âme,
Rendre grâces au ciel !

Votre tâche est finie, et la mienne commence...
Te verrai-je bientôt accourir à ma voix,
Ô muse ! ainsi que moi, tu cherches le silence,
La nuit, au fond des bois.

II.

Quelque chose là-bas se glisse comme une ombre.
Serait-ce elle ?... Non, non, la muse ne vient pas.
C'est un enfant ; il veut que dans la forêt sombre,
Quelqu'un guide ses pas.

Il va chercher au loin pour sa mère souffrante,
L'habile médecin qui la saura guérir...
Tu pleures, pauvre enfant, et ta marche est trop lente ;
Reste, je vais courir.

III.

Muse, j'ai vu la mère et l'enfant auprès d'elle ;
Et le bon médecin leur donnant un peu d'or.
Et j'ai dit s'il est vrai que la muse soit belle,
Il est plus doux encor,

Il est plus beau d'agir, de changer la souffrance,
En doux rayon d'espoir sur un visage humain,
De secourir la femme, et de guider l'enfance. —
Et toi, muse, à demain !


Auguste Ramus.