Le souvenir, de Jules Canonge (1869)

Le souvenir.

Recueil : Varia (1869)

Lorsque, l'enivrant d'une erreur trompeuse,
On te vit soudain, pour moi devenir
Si cruellement froide et vaniteuse,
Je disais: mon- cœur, ô folle oublieuse,
Si jamais à moi tu veux revenir,
Te sera fermé par le souvenir.

Ainsi, me berçant d'illusion vaine,
Je croyais, hélas ! que, toujours on peut
Secouer sa chaîne,
Suspendre son âme au point où l'on veut,
Eteindre à son gré l'ardeur qui l'entraîne
Et la faire ailleurs renaître sereine !

Superbe et cruel, je fus dédaigneux,
À tes bons vouloirs je me fis rebelle...
Et, pour t'avoir vue un instant si belle,
Voilà que je sens des pleurs dans mes yeux !

Ah ! loin que, par lui, mon âme soit forte,
Voici, maintenant que le souvenir
Vers moi te ramène et vers toi m'emporte !...
Dans tous mes pensers tu peux revenir,
Car le souvenir
Te rouvre la porte !

Et le souvenir, mignonne, a raison,
Quand, pour rapprocher nos cœurs qu'il désarme,
Il rappelle, à moi, ta grâce, ton charme,
À toi, la grandeur de ma passion...
Oh ! le souvenir, mignonne, a raison !


Jules Canonge.