L'enfant mourant, de John Petit-Senn

L'enfant mourant.

Recueil : Les chansons et romances (1838)

Que je suis fatigué, ma mère !
Sur ton sein je voudrais dormir ;
Fais trêve à ta douleur amère,
Plus de pleurs, cesse de gémir.
Il fait froid et l'orage gronde,
Mais mon rêve est délicieux,
Et des anges à tête blonde,
Quand je dors, enchantent mes yeux.

Vois, sur mon lit l'un d'eux se penche ;
Entends-tu sa céleste voix ?
Comme son aile est belle et blanche !
Et Dieu la lui donna, je crois ;
Vois ces fleurs, si fraîches, si belles,
Que devant moi l'ange répand.
Vivant, aurai-je aussi des ailes,
Ou bien les prendrai-je en mourant ?

Pourquoi poses-tu sur ma joue
Un œil humide, un front brûlant ?
Avec mes mains ta main se joue,
Tu me les presses en tremblant.
Mère, ta tristesse redouble,
Je voudrais pouvoir l'apaiser ;
Mais je suis las, mon œil se trouble,
Et l'ange me donne un baiser.


John Petit-Senn