Lorsque la mort viendra, de Armand Silvestre (1882)

Lorsque la mort viendra.

Recueil : Le pays des roses (1882)

Lorsque la mort viendra me toucher de son aile,
Je veux que, se penchant sur moi, ton front divin
Verse à mon cœur troublé, comme un généreux vin,
La force d'affronter cette heure solennelle.

Elle m'apparaîtra douce et portant en elle
Tous les biens qu'ici-bas j'avais cherchés en vain,
Et mon âme, arrachée au terrestre levain,
Montera, blanche hostie, à sa route éternelle.

Sous le rayonnement de ta chère Beauté,
Mes yeux se fermeront sur le rêve enchanté
D'un paradis ouvert devant mes destinées.

Sur mon sein sans haleine on posera les fleurs,
Comme moi-même alors pâles et sans couleurs
Que tu pris sur ton sein et que tu m'as données !


Armand Silvestre.