Vous qui trouvez femme jolie, riche en vertus, mariez-vous

Conseils aux garçons.

Recueil : Chansons et poésies diverses (1824)

Ruinés par mainte folie,
Vous qui trouvez femme jolie,
Riche en vertus, or et bijoux,
Mariez-vous.
Mais vous, à qui femme charmante,
N'apporte pour dot et pour renie
Que ses dettes et ses appas,
Ne vous mariez pas.

Vous qui, contraints par vos affaires,
D'être nuit et jour, sédentaires,
Pouvez dépister les jaloux,
Mariez-vous.
Mais vous, dont les fâcheux voyages,
De vos solitaires ménages,
Jour et nuit éloignent les pas,
Ne vous mariez pas.

Vous, de qui l'heureux ministère,
N'exige point de secrétaire,
Au ton galantin, à l'œil doux,
Mariez-vous.
Mais vous, de qui la place entraîne
Des commis, des clercs qui, sans gêne,
Viennent partager vos repas,
Ne vous mariez pas.

Vous, que des arts l'amour anime,
Qui brûlez de leur feu sublime,
Pour propager ces nobles goûts,
Mariez-vous.
Mais vous, dont l'esprit méthodique,
Plein de son calcul algébrique,
Ne rêve que règle et compas,
Ne vous mariez pas.

Vous, qui vous sentez le courage
De subir, à peine en ménage,
La chance commune aux époux,
Mariez-vous.
Mais vous, dont l'humeur trop jalouse,
Voudrait, exiger d'une épouse
Fidélité jusqu'au trépas,
Ne vous mariez pas.

Vous, dont la noble confiance
Ne commande pas la constance
Par des grilles et des verroux,
Mariez-vous.
Mais par un esclavage infâme
Vous, qui prétendez qu'une femme
Peut être à l'abri d'un faux pas,
Ne vous mariez pas.

Vous enfin, dont l'épouse aimable
Doit se plaire à vous voir à table
Et boire et chanter comme nous,
Mariez-vous.
Mais vous, dont la femme bégueule
Voudrait à sa personne seule
Réduire vos joyeux ébats,
Ne vous mariez pas.


Marc-Antoine-Madeleine Désaugiers.