Mélancolie, de Auguste Ramus (1842)

Rêverie dans un bois.

Recueil : Poésies diverses (1842)

Triste et seul, on se plaît aux chants mélancoliques ;
On s'assied, pour rêver, sous le saule pleureur ;
On gémit sur soi-même, et les chants énergiques
Ne trouvent plus d'échos dans l'âme du rêveur.

Moi, lorsque le regret de mes jeunes années,
M'arrache un long soupir, je voudrais, mais en vain,
Rendre un peu de fraîcheur à tant de fleurs fanées,
À tant de sentiments qui dorment dans mon sein.

Adieu donc mon enfance et mes jours d'allégresse !
Au foyer paternel je ne vais plus m'asseoir,
Je ne suis plus l'enfant qu'une mère caresse,
Plus de douces chansons à mon chevet le soir ;

Plus de fraîches amours, plus de larmes de joie ;
Plus de transports de l'âme à son premier éveil.
Jeunesse, adieu !.... Le temps a dévoré sa proie ;
Plus de vaste horizon ; mais des cieux sans soleil !

Que me font désormais ces champs et ces vallées,
Ce bois que j'aimais tant vers le déclin du jour !
Quand nous marchions à deux dans ses sombres allées,
Où nous causions longtemps d'avenir et d'amour.

Que m'importent ces bois où le chêne splendide
Voit tomber, sans regret, son feuillage jauni !
Mai lui rend la chaleur, puis la terre est humide,
Et la sève remonte à son front dégarni.

Oh ! silence !... rougis de pleurer sur toi-même,
De mêler tes accents à ces lugubres voix
Qui chantent la douleur, exhalent le blasphème :
Cœur plaintif que le siècle entendit tant de fois.


Auguste Ramus.