Quand je suis près de toi, les heures ont des ailes

Près de toi.

Recueil : Varia (1869)

Quand je suis près de toi, les heures ont des ailes
Qu'avant de t'adorer je ne leur savais pas !
Elles ont des chaînes si belles
Que je voudrais les voir captiver tous mes pas !
Car jamais on n'a dit plus ravissantes choses,
Et jamais entretien mieux ne se prolongea ;
Et tes lèvres jamais ne brillent mieux écloses
Que lorsqu'à mon départ elles disent : Déjà !

Quand je suis loin de toi... mais je n'y saurais être,
Où que me jette l'avenir ;
Car tu daignas si belle et bonne m'apparaître,
Que toujours avec toi vivra mon souvenir.
Et même quand le flot de tes belles années
Sous les bois défeuillés, sur des pentes fanées
Aura voilé son cours,
Charmé comme aujourd'hui, je le suivrai toujours ;

Car de toi ce que j'aime, idole de ma vie,
C'est plus que jeunesse et beauté,
Périssables trésors dont la vue est ravie
Mais qui trompent souvent le cœur désenchanté :
C'est ton âme qui vole au-devant de mon âme,
Quand parlent par ma voix le génie ou l'honneur,
Mais, si je vais faillir, m'éclairant de sa flamme,
Fait monter à mon front une noble rougeur !


Jules Canonge.