Que reste-t-il de notre amour, de Jules Canonge (1869)

Que reste-t-il de notre amour.

Recueil : Varia (1869)

Doux abri, tissu de frêles brindilles,
Mais, comme un cœur veuf du bonheur rêvé,
Froid, depuis le jour où, loin des charmilles,
S'est enfui l'essaim dans ses flancs couvé,
À tes pieds, mignonne, un nid s'est trouvé ;
Moi pour te l'offrir je l'ai relevé.

Sauf quelque duvet, quelques frêles plumes,
Il n'a rien gardé de ses oisillons ;
Nous, que reste-t-il de ce que nous fûmes
En ce temps, mignonne, où nous confondions
Nos cœurs, nos pensers pleins d'illusions,
En ce temps, mignonne, où nous nous aimions !

Nous avions laissé trop d'amour profane
Eclipser en nous le divin amour ;
Voilà qu'aujourd'hui le Ciel nous condamne
À voir notre ardeur mourir à son tour ;
Dieu nous a puni et, depuis ce jour,
Notre âme n'est plus qu'un nid sans amour.

Mais, les fils de l'air ont franchi l'espace
Légers, triomphants, d'un vol radieux ;
Nous, c'est, traînant l'aile éperdue et lasse,
Que, dans les brouillards d'un ciel pluvieux,
Nous vîmes s'enfuir pâles, soucieux,
Rêves et pensers jadis si joyeux.

Tandis que, déjà, sur d'autres rivages,
Les heureux chanteurs ont, pour l'avenir,
Bâti d'autres nids sous d'autres ombrages,
Nous voulons, sentant tout songe finir,
Nous voulons, blessés par le souvenir,
Au calme bonheur pouvoir revenir !...

Ah ! pour que la foi renaisse et console
En nous l'âme en deuil et l'esprit navré,
Allons à l'autel, comme un doux symbole,
Suspendre en priant ce nid rencontré ;
Par le repentir au Ciel consacré
Qu'en Dieu notre cœur soit régénéré !


Jules Canonge.