Repentance d'amour, de Jules Canonge (1869)

Repentance.

Recueil : Varia (1869)

J'ai pu te repousser, quand tu venais à moi
L'esprit plein de regrets et les yeux pleins de larmes
Je n'ai pas su comprendre, étant si prés de toi,
D'un noble repentir les touchantes alarmes !

Quand tu m'interrogeas d'un regard désolé,
Quand ta main dans ma main se posa frémissante,
Se peut-il qu'un éclair ne m'ait point révélé
D'un pardon mérité la douloureuse attente !

Ah ! puisqu'un tel bonheur de moi fut incompris,
J'ai perdu tous mes droits à ces faveurs divines ;
Qu'un plus digne en obtienne et la grâce et le prix ;
À lui toutes les fleurs !... À moi seul les épines !

L'un de l'autre, cinq jours, nous avons pu douter !
Oh ! quand dans notre cœur le ver rongeur du doute
S'introduit, sait-on bien s'il voudra s'arrêter !
Pour le faire sortir connaît-on bien la route !
Plus grand fut le péril mieux il faut l'éviter.

Ne tentons pas le Ciel !... S'il voit qu'on abandonne
Au vent des passions ses plus rares faveurs,
Craignons qu'il ne transforme en sinistres lueurs
Les moments radieux que sa bonté nous donne !


Jules Canonge.