Tristesse amoureuse, de Pierre Grolier (1875)

Tristesse amoureuse.

Recueil : Ballades et romances (1875)

Quand, te redisant que je t'aime,
Mes yeux attachés à tes yeux,
Oubliant le monde et moi-même,
Je crois voir le bonheur suprême
Dans ton sourire gracieux ;

Lorsque ma bouche se repose
Sur ton cou penché mollement ;
Comme sur l'odorante rose
Le rossignol joyeux se pose,
Avec un doux frémissement ;

Quand de ta ceinture élégante
Pressant le contour enchanté,
Sur mes lèvres mon âme errante
Effleure ta bouche fuyante,
Et s'enivre de volupté ;

Hélas ! sous les turbans de soie,
Ou sous les couronnes du nord,
Comblé de bonheur et de joie
Parmi les transports qu'il déploie
Quel mortel n'envierait mon sort ?

Et cependant, parmi cette divine ivresse
Enivré de plaisir, d'espérance et d'amour,
Mon âme se resserre, et pleine de tristesse,
Frémit comme à son dernier jour :

Oh ! garde ces faveurs brûlantes
Qui trompent mes désirs et consument mes sens ;
Laisse-moi ; les transports, l'erreur dont tu m'enchantes
Ne peuvent égaler les maux que je ressens !


Pierre Grolier.