Les poèmes sur l'espérance :

Espoir timide.

Recueil : L'exilée (1878)

Chère âme, si l'on voit que vous plaignez tout bas
Le chagrin du poète exilé qui vous aime,
On raillera ma peine, et l'on vous dira même
Que l'amour fait souffrir, mais que l'on n'en meurt pas.

Ainsi qu'un mutilé qui survit aux combats,
L'amant désespéré qui s'en va, morne et blême,
Loin des hommes qu'il fuit et de Dieu qu'il blasphème,
N'aimerait-il pas mieux le calme du trépas ?

Chère enfant, qu'avant tout vos volontés soient faites !
Mais, comme on trouve un nid rempli d'oeufs de fauvettes,
Vous avez ramassé mon coeur sur le chemin.

Si de l'anéantir vous aviez le caprice,
Vous n'auriez qu'à fermer brusquement votre main,
— Mais vous ne voudrez pas, j'en suis sûr, qu'il périsse !


François Coppée
(1842-1908) Haut de page

Quelque si doux espoir où ma raison s'appuie.

Recueil : Œuvres poétiques (1626)

Quelque si doux espoir où ma raison s'appuie,
Un mal si découvert ne se saurait cacher ;
J'emporte malheureux, quelque part où je fuie,
Un trait qu'aucun secours ne me peut arracher.

Je viens dans un désert mes larmes épancher,
Où la terre languit, où le Soleil s'ennuie,
Et d'un torrent de pleurs qu'on ne peut étancher
Couvre l'air de vapeurs et la terre de pluie.

Parmi ces tristes lieux traînant mes longs regrets,
Je me promène seul dans l'horreur des forêts,
Où le funeste orfraie et le hibou se perchent.

Là le seul réconfort qui peut m'entretenir,
C'est de ne craindre point que les vivants me cherchent
Où le flambeau du jour n'osa jamais venir.


Théophile de Viau
(1590-1626) Haut de page

L'espoir.

Recueil : Romances (1830)

Je voudrais aimer autrement,
Hélas ! Je voudrais être heureuse !
Pour moi l'amour est un tourment,
La tendresse m'est douloureuse.
Ah ! Que je voudrais être heureuse !
Que je voudrais être autrement !

Vous dites que je changerai :
Comme vous je le crois possible,
Mon coeur ne sera plus sensible ;
Je l'espère, car je mourrai.
Oui ! Si la mort peut l'impossible,
Vous dites vrai, je changerai !


Marceline Desbordes-Valmore
(1786-1859) Haut de page

Dernier espoir.

Recueil : Le livre posthume (1911)

Il est un arbre au cimetière
Poussant en pleine liberté,
Non planté par un deuil dicté, -
Qui flotte au long d'une humble pierre.

Sur cet arbre, été comme hiver,
Un oiseau vient qui chante clair
Sa chanson tristement fidèle.
Cet arbre et cet oiseau c'est nous :

Toi le souvenir, moi l'absence
Que le temps - qui passe - recense...
Ah, vivre encore à tes genoux !

Ah, vivre encore ! Mais quoi, ma belle,
Le néant est mon froid vainqueur...
Du moins, dis, je vis dans ton cœur ?


Paul Verlaine
(1844-1896) Haut de page

L'espoir trompé.

Recueil : Élégies (1813)

Après un an de mortelles douleurs,
Quand de mes feux j'allais guérir peut-être,
Dans la retraite où je cachais mes pleurs
Soudain j'ai vu l'infidèle apparaître.

Son air ému, son discours enchanteur,
Et son regard, qui, dangereux flatteur,
Quand il le veut dit si bien je t'adore,
D'un doux espoir ont fait battre mon cœur ;

J'osai penser qu'il m'aimerait encore :
Je recueillis ce regard, ce discours,
Cet air ému, cette douce promesse
D'être pour moi comme dans mes beaux jours ;

Mais rien, hélas ! n'était de la tendresse.
Je ne devais qu'au désir d'un moment
De son retour l'ivresse mensongère ;
Mon court bonheur ne fut qu'une chimère ;
Je le pairai d'un éternel tourment.


Adélaïde-Gillette Dufrénoy
(1765-1825) Haut de page

Quand je pense à ma vie.

Recueil : Les amours d'Hippolyte (1573)

Quand quelquefois je pense à ma première vie
Du temps que je vivais seul roi de mon désir,
Et que mon âme libre errait à son plaisir,
Franche d'espoir, de crainte, et d'amoureuse envie :

Je verse de mes yeux une angoisseuse pluie,
Et sens qu'un fier regret mon esprit vient saisir,
Maudissant le destin qui m'a fait vous choisir,
Pour rendre à tant d'ennuis ma pauvre âme asservie.

Si je lis, si j'écris, si je parle, ou me tais,
Votre oeil me fait la guerre, et ne sens point de paix,
Combattu sans cesser de sa rigueur extrême ;

Bref, je vous aime tant que je ne m'aime pas,
De moi-même adversaire, ou si je m'aime, hélas !
Je m'aime seulement parce que je vous aime.


Philippe Desportes
(1546-1606) Haut de page

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