Les poèmes sur la haine :

Tout, la haine et le deuil !

Recueil : Toute la Lyre (1888)

Jeunes gens, prenez garde aux choses que vous dites.
Tout peut sortir d'un mot qu'en passant vous perdîtes.
Tout, la haine et le deuil ! — Et ne m'objectez pas
Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas... —
Ecoutez bien ceci :

Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l'oreille au plus mystérieux
De vos amis de coeur, ou, si vous l'aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d'une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu ;
Ce mot que vous croyez que l'on n'a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre,
Court à peine lâmeché, part, bondit, sort de l'ombre !
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin.
Il marche, il a deux pieds, un bâmeton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
— Au besoin, il prendrait des ailes, comme l'aigle ! —
Il vous échappe, il fuit, rien ne l'arrêtera.
Il suit le quai, franchit la place, et caetera,
Passe l'eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez l'individu dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l'étage ; il a la clé,
Il monte l'escalier, ouvre la porte, passe,
Entre, arrive, et, railleur, regardant l'homme en face,
Dit : — Me voilà ! je sors de la bouche d'un tel. —

Et c'est fait. Vous avez un ennemi mortel.


Victor Hugo
(1802-1885) Haut de page

Chanson.

Recueil : Poésies et chansons (1603)

Souhaitant que le Ciel punisse
De quelque rigoureux supplice
Ce cœur contre amour endurci,
Je faux de dire que je l'aime,
Quoique mon amour soit extrême ;
C'est haïr que d'aimer ainsi.

Mais ne haïssant l'inhumaine,
Que pour ce qu'ingrate à ma peine,
Elle n'en a point de souci ;
Ma haine est si pleine de flamme,
Qu'amour la causant dans mon âme,
C'est aimer que de haïr ainsi.

Ou si cette haine amoureuse,
Veut que, plus et moins vigoureuse,
Elle m'aime et haïsse aussi ;
Dieux ! faites par votre clémence,
Que pour peine et pour récompense
Elle m'aime et haïsse ainsi.

Qu'amour soit clément ou sévère,
À tort je crains, à tort j'espère,
Et sa rigueur et sa merci ;
Ne méritant de ma cruelle
Amour, ni haine mutuelle,
D'aimer et de haïr ainsi.


Jean Bertaut
(1552-1611) Haut de page

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