Les poèmes sur la passion :

Ritournelle.

Recueil : Promenades et intérieurs (1872)

Dans la plaine blonde et sous les allées,
Pour mieux faire accueil au doux messidor,
Nous irons chasser les choses ailées,
Moi, la strophe, et toi, les papillons d'or.

Et nous choisirons les routes tentantes,
Sous les saules gris et près des roseaux,
Pour mieux écouter les choses chantantes,
Moi, le rythme, et toi, le choeur des oiseaux.

Suivant tous les deux les rives charmées
Que le fleuve bat de ses flots parleurs,
Nous vous trouverons, choses parfumées,
Moi, glanant des vers, toi, cueillant des fleurs.

Et l'amour, servant notre fantaisie,
Fera, ce jour-là, l'été plus charmant :
Je serai poète, et toi poésie ;
Tu seras plus belle, et moi plus aimant.


François Coppée Haut de page

L'attente amoureuse.

Recueil : Chansons et poésies (1822)

Lorsque ma main par ta main est pressée,
Lorsque ton pied m'approche en frémissant,
Ou qu'à demi révélant ta pensée,
Ton œil sur moi s'arrête en se baissant,
Bien plus hardi, plein d'une audace heureuse,
Le mien contemple, admire tes appas,
Il les dévore.... et ma bouche amoureuse
Baise en espoir tous ceux qu'il ne voit pas.

Viens dans mes bras, jeune beauté que j'aime,
Qu'aucun attrait n'échappe à mes transports !
Viens, qu'inspiré par Vénus elle-même,
De mes baisers je rougisse ton corps !


Michel-Nicolas Balisson de Rougemont
(1781-1840) Haut de page

Le baiser.

Recueil : Chansons et poésies (1822)

Baiser, cachet de l'espérance,
Tendre messager du désir,
Tu survis à la jouissance
Et tu précèdes le plaisir.
Donné, reçu par le mystère,
Vers le bonheur tu nous conduis,
Et semblable aux clefs de Saint-Pierre,
Tu nous ouvres le paradis.

Nos yeux à peine à la lumière
Ont essayé de s'entrouvrir,
Et de ses baisers une mère,
À chaque instant vient nous couvrir.
Bientôt on échappe à l'enfance,
Le désir vient nous abuser,
Le cœur s'éveille, et l'innocence
Rêve l'amour dans un baiser.

Lorsqu'auprès de ma jeune amie
Se rassemble un peuple d'amants,
Ses doigts, de sa bouche jolie,
Vont effleurer les bords charmants,
Et le baiser qu'elle me jette
À travers l'essaim des jaloux,
Du souvenir est l'interprète,
Ou le signal du rendez-vous.

Sur les lèvres qu'amour entr'ouvre
Sur le bras qu'amour arrondit,
Sur le sein que la gaze couvre
Sur le front qu'un désir rougit,
Partout où le plaisir l'appelle,
Ma bouche aime à se reposer
Et tous les charmes d'une belle
Sont tributaires du baiser.


Michel-Nicolas Balisson de Rougemont
(1781-1840) Haut de page

Une nuit d'amour.

Recueil : La passion amoureuse (2007)

Ce matin je me réveille détendue et sereine,
Après une nuit d'amour et de caresses,
La chaleur coule encore dans mes veines,
Je pense encore à ces moments de tendresse.

Je sens son parfum subtil et envoûtant,
Mon corps est imprégné de cet élixir,
C'est un sentiment enivrant et troublant,
J'ai toujours en moi son plus doux désir.

Tu es là allongé à mes côtés,
Tu dors encore, j'aime te regarder ;
Je t'embrasse tendrement jusqu'à te réveiller,
Restons pour toujours tous les deux enlacés !

Nos gestes s'expriment tout en douceur,
Deux cœurs unis qui riment avec bonheur,
Plaisir désir nous disent encore,
D'une nuit d'amour jusqu'à l'aurore.


Maxalexis Haut de page

Le mal d'amour.

Recueil : Pensées fugitives (1802)

N'avoir qu'une seule pensée,
N'éprouver qu'un seul sentiment,
Avoir toujours l'âme oppressée
Par un chagrin plein d'agrément ;
Voir et sentir toujours de même
Matin et soir et nuit et jour :
Voilà comme on est quand on aime,
Voilà le mal qu'on nomme amour.

Quitter sa mie avec tristesse,
Et vouloir être au lendemain ;
La revoir avec douce ivresse,
Trembler en lui prenant la main ;
Ne parler que pour dire j'aime,
Le répéter le long du jour,
Le lendemain dire de même :
Voilà le mal qu'on nomme amour.

Regarder comme un bien suprême
La plus légère des faveurs,
Ressentir un tourment extrême
À la moindre de ses rigueurs ;
Pleurer, rire, espérer et craindre,
Jouir et souffrir tour à tour :
Si c'est un mal, faut-il s'en plaindre ?
C'est le doux mal qu'on nomme amour.


François-Benoît Hoffmann
(1760-1828) Haut de page

L'absence.

Recueil : Pensées fugitives (1802)

J'y songerai toute ma vie ;
Voilà le lieu
Où ma douce et belle amie
Me dit adieu :
Chaque jour au même bocage
Je viens exprès,
Et ne trouve sous le feuillage
Que des regrets.

Pourtant, moi qui suis tant à plaindre,
Je fus heureux ;
Trop heureux, j'étais loin de craindre
Ce coup affreux.
Toujours auprès de ce que j'aime
Sous ce berceau,
Mon plaisir fut toujours le même,
Toujours nouveau.

En vain, touchante souvenance,
Vous me flattez :
Au lieu d'adoucir ma souffrance,
Vous l'augmentez.
Quand on est loin de ce qu'on aime,
Plus de plaisir !
Le souvenir du plaisir même
Coûte un soupir.


François-Benoît Hoffmann
(1760-1828) Haut de page