Blessure, de Évariste Boulay-Paty (1851)

Blessure.

Recueil : Sonnets (1851)

Il est de ces beaux yeux qui font défaillir l'âme,
Qui mettent la folie au cerveau le plus sain ;
Qui troublent tout en vous, raison, ferme dessein ;
Qui vous rendent semblable à la mobile lame ;

Qui dardent, vrais soleils, de longs rayons de flamme ;
Qui, ruches de regards, en lancent un essaim ;
Qui, certains de leurs coups, vous traversent le sein,
Acérés et brillants comme une double lame.

Il est des cœurs naïfs, tendres et palpitants,
Qui, déchirés ainsi, saignent longtemps, longtemps,
Et ne peuvent fermer leur blessure imprévue.

Ces yeux dont les regards vous blessent à ce point,
Ces yeux, vous les avez ; et moi qui vous ai vue,
Moi, j'ai le pauvre cœur qui ne s'en guérit point !


Évariste Boulay-Paty.