La cloche de Noël, de Jean-Jacques Ampère (1858)

La cloche de Noël.

Recueil : La nuit de Noël (1858)

L'air est froid ; dans les cieux la lune brille et fuit ;
La cloche de Noël résonne dans la nuit.

Irai-je dans le temple où s'assemblent mes frères ?
Irai-je vers le Dieu qui consolait mes pères ?
Non, le temple est ouvert aux enfants de la foi,
Et le Dieu qui console est étranger pour moi.
Non, je ne prierai point ; que me fait la prière ?
Moi, j'écoute le vent siffler dans la bruyère.

L'air est froid ; dans les cieux la lune brille et fuit ;
La cloche de Noël résonne dans la nuit.

Voici la nuit du Christ, la nuit miraculeuse :
A cette heure, du ciel la voix mystérieuse
Plane sur le berceau des enfants nouveau-nés ;
Mais cette voix n'est pas pour les infortunés ;
S'ils regardent le ciel il devient noir et sombre,
Et des bruits effrayants les menacent dans l'ombre.

L'air est froid; dans les cieux la lune brille et fuit ;
La cloche de Noël résonne dans la nuit.

Ne priez point pour moi dans le temple rustique,
Ne priez point pour moi dans la chapelle antique,
Ô vous tous qui priez, ne priez point pour moi.
Seulement, si, le coeur saisi d'un vague effroi,
Vous arrêtez vos pas auprès du cimetière,
Pleurez, pleurez les morts et leur froide poussière.

L'air est froid ; dans les cieux la lune brille et fuit ;
La cloche de Noël résonne dans la nuit.


Jean-Jacques Ampère.
(1800-1864)