La jolie fille, de Henri Murger (1862)

La jolie fille.

Recueil : Les nuits d'hiver (1862)

C'était hier, sous la feuillée,
J'ai vu cette fille qui dormait ;
Mon âme alors s'est éveillée
Avec l'amour quelle enfermait.

Mes yeux n'avaient jamais encore,
Sous le voile des vêtements,
Vu cette neige qui décore
Ses membres souples et charmants.

Que cette femme est belle !
Laissant flotter leur or vermeil,
Ses cheveux, dont l'onde ruisselle,
Lui font un manteau de soleil.

Sa poitrine, comme la mienne,
Ne va pas en s'aplanissant,
Et sa gorge marmoréenne
Monte, monte en s'arrondissant :

C'est comme une double colline,
C'est comme un arc aventureux
Qu'un double bouton illumine,
Rose, à la bouche savoureux :

Cette jolie fille s'éveilla confuse ;
Moi, je m'enfuis, le trouble au cœur ;
Depuis, le sommeil me refuse
Ses dons, et je tombe en langueur.


Henri Murger.