L'amour nous blesse et se rit de nos pleurs

L'amour et la gloire.

Recueil : Poésies (1811)

« De la gloire brûlante ivresse,
Laisse un instant mon âme en paix !
Dans mes beaux ans, de la tendresse
Laisse moi goûter les attraits ;
De ses regrets et de ses peines,
Quand l'âge viendra m'accabler,
Il sera temps que tu reviennes,
Ô gloire ! pour me consoler.

Le présent nous fuit et s'envole,
Le passé ne nous entend plus ;
Dans l'avenir, l'espoir frivole
Porte nos vœux souvent déçus :
Pour vivre au temple de mémoire,
Dois-je oublier jusqu'à mon cœur ?
Faut-il si loin chercher la gloire,
Quand près de moi j'ai le bonheur !

L'amour, dit-on, habile à feindre,
Nous blesse et se rit de nos pleurs :
La gloire est-elle moins à craindre ?
En paix goûtons-nous ses faveurs ?
Entre ces Dieux que l'on adore,
Le choix peut-il être douteux ?
Sans gloire on est heureux encore,
Sans amour on n'est pas heureux.

Mais faut-il que je sacrifie
Ou mon éclat, ou mon bonheur ?
La gloire peut charmer ma vie ;
L'amour peut embraser mon cœur :
Tentons une double victoire !
Par-là plus de fâcheux retour ;
Donnons mon esprit à la gloire,
Et donnons mon cœur à l'amour. »

C'est ainsi qu'en un beau délire,
Lise parlait dans son printemps.
Bientôt on couronne, on admire,
En elle esprit, beauté, talents.
Mais d'une trop belle victoire
L'excès pourtant l'embarrassa,
Dans son été, toute à la gloire,
À l'amour elle renonça.

Alors, que de palmes brillantes
Payèrent ses nobles travaux !
Mais que de peines dévorantes,
Que d'injustices, de rivaux !...
Enfin , dans son automne, Lise,
De la gloire aussi se lassa,
Et s'aperçut, avec surprise,
Qu'on est heureux sans tout cela.


Constance de Théis.