Le caprice, de Charles de Bernard (1855)

Le caprice.

Recueil : Poésies et théatre (1855)

Que tu sais donc bien à tes pieds enchaîner
Mon cœur prompt à se prendre et facile à mener,
Mais dont un sort trop calme épuise la constance !
Coquette, tes amours n'ont ni langueurs ni paix,
Et près de toi l'azur d'un matin pur et frais
Jamais d'un jour serein ne donne l'assurance.

Depuis une heure au moins, je suis là, devant toi,
Et tes yeux bleus que j'aime ne me voient pas,
Ils ne m'ont rien dit encore, et je les implore ;
D'un air de mendiant dont je me sens rougir,
Je demande un regard et ne puis l'obtenir ;
De toi à moi, que t'ai-je donc fait encore ?

Hier pourtant, hier, j'en suis sûr, tu m'aimais ;
Par de trop doux serments nos deux cœurs sont liés.
Ils ne sont pas de ceux qu'en un jour on oublie ;
D'un caprice nouveau pourquoi prendre souci ?
Si c'est pour me plaire mieux que tu agis ainsi,
Sache que demain tu paieras ta coquetterie.

J'aime une main qui fuit en se sentant presser ;
Une taille rebelle à qui veut l'enlacer ;
Un regard qui se trouble et se baisse farouche ;
J'aime la beauté douce et fière tour à tour,
Qui de l'humide aimant d'un long baiser d'amour
Sait parfois détacher le corail de sa bouche.


Charles de Bernard.