Le cœur est né pour aimer, de Jean-Baptiste Aimé Desloye (1830)

Le cœur est né pour aimer.

Recueil : Feuilles aux vents (1830)

Malheur à l'être solitaire
Qui n'a point d'amante à nommer !
S'il est des méchants sur la terre
C'est qu'ils n'ont pu se faire aimer.

Le cœur est né pour ces échanges,
Notre âme y double son pouvoir :
Et pour nous, comme pour les anges,
L'amour est l'œil, aimer c'est voir.

Le poète aimé d'une femme
Compte aussi des jours de douleur,
Mais les pleurs sont le bain de l'âme ;
Les beaux vers naissent de nos pleurs !

Ah ! celui que l'amour délaisse
N'est plus jeune même à trente ans ;
Le malheur est une vieillesse
Qui précède les cheveux blancs.

La terre est un séjour d'épreuves,
L'homme n'est qu'un hôte en ces lieux,
Nous descendons le cours d'un fleuve
Où mille objets frappent nos yeux :

L'endroit plaît, la rive est fleurie,
On ne s'éloigne qu'à regret,
Mais une voix d'en haut nous crie :
Marche ! marche ! et tout disparaît.


Jean-Baptiste Aimé Desloye.