Le fond des cœurs, de Barnabé Farmian Durosoy (1766)

Le fond des cœurs.

Recueil : Poésies diverses (1766)

Je dois, me dites-vous, sonder le fond des cœurs,
Et chercher des humains les secrètes erreurs ;
Je sais l'utilité de cette triste étude,
Et j'ai pu, comme vous, m'en faire une habitude :

Dans l'être indifférent, sans de malins efforts,
Je trouve des défauts, des faiblesses, des torts ;
Mais que chez un parent, ou chez celui que j'aime,
Je tache de surprendre avec un soin extrême
Des vices, des oublis, ou des moments d'humeur ;
Ce soin est odieux, et répugne à mon cœur :
Quand je veux lire en eux, c'est pour leur avantage,
Et non, pour leur ravir un modeste suffrage.

Jamais l'homme n'atteint jusqu'à la perfection ;
Mais s'il n'est point heureux sans une affection,
Lorsqu'il veut s'attacher, l'indulgence sans cesse
Le ramène à l'objet qui reçut sa tendresse ;
Car s'il voulait n'aimer que des êtres parfaits,
Vous savez comme moi qu'il n'aimerait jamais.


Barnabé Farmian Durosoy.