Le nœud de la vie, de Pierquin de Gembloux

Le nœud de la vie.

Recueil : Nouvelles poésies (1829)

Ange consolateur ! Esprit d'amour ! Ô femme !
Le ciel est ton empire et son pouvoir ta flamme.
Tu vivais dans le sein de l'Être créateur,
Qui conçut ton génie et composa ton cœur.

À l'ennui de ses jours, à sa vague souffrance,
À sa tristesse, Adam reconnut ton absence ;
Mais Dieu te réservait pour son dernier bienfait.
Sans toi le paradis eût-il été parfait...?

Sans l'espoir d'être aimé, sans ce bonheur suprême,
Qui fait chérir nos jours pour plaire à ce qu'on aime
Qui borne l'existence aux battements du cœur,
Le monde est sans plaisirs, flétri par la douleur ;

Au cœur tout est pesant, à l'œil tout paraît sombre,
Là vie est un enfer dont rien n'adoucit l'ombre :
On frémit à l'aspect des plus simples désirs,
On se désaime, on fuit jusqu'à ses souvenirs,
On s'effarouche, on blâme une douce faiblesse ;

De soi-même à la fin on se désintéresse,
On se fatigue aussi du fardeau de ses jours,
On appelle la mort, elle vous fuit toujours ;
Rien dehors, rien dans nous, ne peut nous faire envie,
L'amour est le seul nœud qui nous tienne à la vie.


Claude-Charles Pierquin de Gembloux