Ma maîtresse chérie, de Émile Deschamps (1873)

Ma maîtresse chérie.

Recueil : Poésies et odes (1873)

C'est un mélange que la vie
Et de chagrin et de plaisir ;
Elle offre une route fleurie,
Mais l'épine se fait sentir.

De cette douleur qu'elle cause
Le remède est tout à côté ;
Persistez et cueillez la rose
Sur les lèvres de la beauté.

Si de l'inconstante fortune
Un jour j'éprouvais les rigueurs,
Jamais une plainte importune
Ne réclamerait ses faveurs.

L'intérêt, la suivant sans cesse,
Maudit son infidélité :
Moi j'irais chercher la richesse
Sur les lèvres de la beauté.

Peut-être une fièvre brûlante
Viendra-t-elle assiéger mes jours,
Et de sa pâleur effrayante
Rebuter l'essaim des Amours :

Mais que ma maîtresse chérie
Un instant vienne à mon côté,
Et je retrouverai la vie
Sur les lèvres de la beauté.


Émile Deschamps.