Méprise amoureuse, de Jules Canonge (1869)

Méprise amoureuse.

Recueil : Varia (1869)

J'étais en extase assis devant elle ;
Elle, regardait, debout, près de moi ;
Ne l'ayant jamais rêvée aussi belle,
J'avais le cœur plein d'un brûlant émoi.

Sur sa lèvre errait un divin sourire ;
Il me semblait voir s'entr'ouvrir les cieux !
Ces aveux si doux qu'on n'ose les dire,
Je les croyais lire écrits dans ses yeux.

Une boucle folle, un bout de dentelle
Flottaient sur son cou trop négligemment,
Et je vis sa main si fine et si belle,
De les rajuster prendre un soin charmant.

Je disais : toujours elle cherche à plaire.
Efforts gracieux, mais bien superflus !
Quand d'un beau printemps l'azur nous éclaire,
Qu'importe au soleil un rayon de plus ?

Mais je m'aperçus qu'un miroir fidèle
Etait seul l'objet de ce tendre émoi ;
Ce qu'elle admirait, hélas ! c'était elle !
Et ce qu'elle aimait... ce n'était pas moi.


Jules Canonge.