Souffrance, de Jean Lacou (1869)

Souffrance.

Recueil : Les heures d'un prisonnier (1869)

Si ma cellule est parfois triste,
Si l'air n'y vient que par moments,
Pour quiconque a l'âme d'artiste,
Il voit vite passer le temps :
Beaux-arts, poésie et peinture,
Musique, dessin et sculpture,
On rêve à tout, comme toujours,
On pense à ses chères amours !
Bonheur si doux de la famille,
À toi, mon fils, à toi, ma fille ;
À ma mère qui m'a bercé,
À ceux qui nous ont élevés,
Aux bons amis, aux camarades,
Aux siens pauvres, aux siens malades !
Passez donc vite, heures trop lentes
Pour tant d'âmes qui sont souffrantes ;
Pour moi, je bénis le Seigneur
Pour mes longs moments de bonheur ;
Et quand je redeviens austère,
Je lui fais ainsi ma prière :

Seigneur, daignez donner toujours,
Aux malheureux de cette terre,
Du pain, des pardons, des secours ;
À la souffrance, à la misère,
Seigneur, daignez donner toujours !


Jean Lacou.