Vision du coeur, de Hippolyte Guérin (1863)

Vision du coeur.

Recueil : Poésies posthumes (1863)

Qu'est devenu ce temps si regretté
Du jeune amour dont j'ai gardé l'image ?
Tel que l'éclat d'un vague et doux mirage,
Hélas ! a-t-il même existé ?

Ô vision du cœur, vision qui s'achève
Dans un dernier soupir,
Dis, n'es-tu pas un rêve
Plutôt qu'un souvenir ?

Et cependant je la vois comme alors,
Sous l'auréole où ses fraîches années
Devaient au vent de Dieu tomber sitôt fanées,
Comme le font tous les trésors !...

Ô vision du cœur, vision qui s'achève
Dans un dernier soupir,
Dis, n'es-tu pas un rêve
Plutôt qu'un souvenir ?

Dieu la voulu, j'ai pleuré ce vouloir
Qui sur la terre éteignait tant de charmes ;
Mais ma croyance en lui sait, au milieu des larmes,
Où peut s'écouler mon espoir...

Ô vision du cœur, vision qui s'achève
Dans un dernier soupir,
Dis, n'es-tu pas un rêve
Plutôt qu'un souvenir ?


Hippolyte-Louis Guérin de Litteau.