La flamme de l'amour, de Henri-Frédéric Amiel (1859)

La flamme de l'amour.

Recueil : Poésies intimes (1859)

De l'amour enivrante flamme
Je ne te connais qu'à demi ;
Jamais sur le sein d'une femme
Mon front de rêveur n'a dormi.

Veux-tu me dire adieu, jeunesse,
Sans qu'un jour du moins la beauté,
Oubliant tout pour la tendresse,
Entre mes bras ait palpité ?

Exiges-tu que sans me plaindre,
Ignorant toujours le plaisir,
Je laisse au fond du cœur s'éteindre
L'ardeur folâtre du désir ?

Est-ce donc mon sort, sur la terre,
De ne rien saisir qu'à moitié,
Et de la femme, doux mystère,
N'aurai-je appris que l'amitié ?


Henri-Frédéric Amiel
Le 5 juillet de l'an 1859.