Sully Prudhomme (2)

Les citations de Sully Prudhomme :

La musique est le plus élevé des arts ; elle ne formule pas la pensée, elle en est comme la substance pure. C'est par elle que nous nous rapprochons de Dieu ; elle fait bien comprendre qu'il existe un monde supérieur, une félicité, ce qu'on nomme un ciel... Quel dégoût elle donne du travail et de la vie !
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 18 octobre 1862.

Le passé d'une femme est la racine de la fleur ; la racine plonge dans la boue, cependant vous portez la fleur à vos lèvres. Qui s'avise de chercher ce qui se passe sous la terre ? Moi je le cherche.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 18 octobre 1862.

L'amitié avec une femme m'est impossible, la femme n'est bonne qu'à l'amour ; elle ne nous dit rien qui vaille sur Dieu ni sur la nature ; un ami qui ne m'entretient pas de ces choses ne me sert de rien.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 18 octobre 1862.

Ma mère m'est nécessaire comme mon cœur.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 16 octobre 1862.

Le comble de la misère de l'homme, c'est la crainte de ce qui pourrait le délivrer de sa misère, la crainte de la mort. On ne peut penser à la vraie douleur sans frémir ; ainsi n'avoir pas d'amis au milieu d'une grande ville très animée, avoir faim, avoir froid, être malade et seul... Et Dieu absent, muet. Nous nous réclamons toujours de quelqu'un, nous nous plaignons, nous souffrons en enfants gâtés ; mais être seul aux prises avec l'inexorable et brutale misère, je ne l'imagine pas... Bénigne mélancolie de poète ! tout est médiocre en moi, jusqu'au malheur.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 13 octobre 1862.

Devant Saint-Eustache, coup de soleil dans mon âme : Ô vous tous, hommes, je vous aime ; le bonheur est possible, il est ! Ces crises de joie me durent une minute au plus, le temps de plonger la tête dans l'eau rafraîchissante et de l'en retirer, le temps qu'il faut à l'espérance pour passer d'un coup d'aile à travers la nuit de la pensée, et fuir.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 13 octobre 1862.

Limite de ce qu'on peut dire à une femme honnête ; on peut tout faire entendre, on ne peut pas tout dire ; les mots ont une vertu propre, une enseigne indépendante de leur sens.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 12 octobre 1862.

Lecture de mes vers, mon supplice ; lire des vers dans un salon m'a toujours paru prétentieux. Un livre est une confidence qu'on dit tout bas à l'oreille du lecteur ; la lecture publique est impertinente, impudique. Confier tout bas son cœur à vingt personnes, ce n'est pas la même chose que de le leur livrer tout haut ; on voudrait qu'elles ne pussent pas se communiquer leurs impressions. Tous les poètes ont senti cela, du moins à leur début ; plus tard, il paraît qu'on perd toute vergogne et que la nudité ne coûte plus.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 12 octobre 1862.

Une causerie est délicieuse quand on parle pour se faire valoir et que l'on écoute pour flatter ; on se caresse mutuellement l'amour-propre ; une bonne et sincère causerie est, en outre, consolante et fortifiante par la sympathie.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 12 octobre 1862.

Les amants sont aussi heureux de la volupté qu'ils donnent que de celle qu'ils reçoivent.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 11 octobre 1862.

Le temps est d'une essence insaisissable, je m'y noie.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 9 octobre 1862.

Les femmes sont ravies des vers qu'on leur adresse, ou mieux, elles sont ravies qu'on leur adresse des vers, car il n'est pas essentiel qu'elles les comprennent.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 9 octobre 1862.

La tristesse est moins la marque d'un vrai génie que l'effet de la fatigue sur un esprit médiocre. — Je suis triste. Je n'ai de valeur que par ma curiosité. Je cherche, je cherche, et enfin je rencontre.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 8 octobre 1862.

Être profond sans le savoir, voilà le vrai génie qui ne se travaille pas soi-même et qui voit sans froncer les sourcils. Cette intuition inconsciente est tout simplement le jeu naturel d'un bon esprit ; l'effort de l'attention ne s'y remarque pas.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 8 octobre 1862.

Il se dépense une somme prodigieuse de savoir et de génie dans des travaux sans gloire. Pour briller parmi les hommes il faut s'attaquer hardiment à ce qui passe pour inaccessible ; une pièce de vers peut vous donner plus de lustre qu'un magnifique plaidoyer. L'ambitieux sera misérable ou célèbre, parce qu'il entreprend une œuvre qui est surhumaine, à laquelle il ne peut atteindre ou qui l'élève au-dessus de tous.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 8 octobre 1862.

La volupté ne cherche pas toujours le beau, l'étrange dans la forme lui convient.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 8 octobre 1862.

J'ai quelque chose en moi qui me vaut la sympathie de plusieurs. Ne serait-ce pas la souplesse de mon humeur que je modèle volontiers sur celle des gens, comme un Jésuite ? Personne ne me connaît, je ne me livre qu'avec peine, de peur de froisser mon cœur contre des natures sèches ou vaines ; confier un sentiment à un homme froid, c'est jeter la fleur sur le pavé, la confier à un homme léger, c'est la jeter dans le vide.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 8 octobre 1862.

Jeunes filles : J'ai senti le charme de la pudeur, elle fait le prix des voluptés. La rougeur, l'ignorance, ce sont les grâces de la vertu ; qui sait en jouir jouit de la vertu dans la beauté. Suprêmes délices.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 5 octobre 1862.

Le déjeuner de famille est un plaisir pour moi ; il y a de la vie, de la chaleur, et tout cela sur le fond solide et touchant de l'affection vraie. Que la famille est douce, pure, sainte ! oh ! sainte est le mot ; certains mots, vagues pour l'esprit, satisfont le cœur à merveille.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 5 octobre 1862.

Le bonheur de ma sœur, que je ressens, m'apprend combien je l'aime.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 3 octobre 1862.

On connaît toujours trop les causes de sa peine, mais on cherche parfois celles de son plaisir.
Sully Prudhomme ; Les solitudes, Les joies sans causes (1869)

À vingt ans on a l'œil difficile et très fier : on ne regarde pas la première venue, mais la plus belle ! Et, plein d'une extase ingénue, on prend pour de l'amour le désir né d'hier.
Sully Prudhomme ; Les solitudes, Sonnet (1869)

Père avare d'amour n'est père qu'à moitié.
Sully Prudhomme ; Stances et poèmes, L'humanité fragile (1865)

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