René Armand François Prudhomme, dit Sully Prudhomme

Quelques mots sur l'auteur :

Photo de Sully Prudhomme

Poète et écrivain français né le 16 mars 1839 à Paris, René Armand François Prudhomme, dit Sully Prudhomme est décédé le 6 septembre 1907 à Châtenay-Malabry dans le département des Hauts-de-Seine en région Île-de-France. Il fut le premier écrivain à recevoir le prix Nobel de littérature, le 10 décembre 1901.

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Les 49 citations de Sully Prudhomme :

À cinq ans on enfourche un bâton comme si c'était de l'équitation ; à dix-huit ans on embrasse une fille, comme si c'était de l'amour ; à trente ans on se marie, comme si c'était du bonheur ; à quarante on cherche des places, comme si c'était de l'honneur ; puis un jour vient où l'on meurt, comme si l'on avait vécu.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 22 juin 1868.

Le seul avantage d'un journal intime est de permettre à la plume une entière sincérité, ou plutôt une entière spontanéité. La sincérité est la condition première de toute production de l'esprit, à mes yeux du moins. N'être pas sincère, c'est gâter le plaisir de suivre au dehors la fortune de sa pensée, ce qui est la seule joie véritable d'un écrivain digne de ce nom.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 14 juin 1868.

Le sourire est susceptible d'une multitude de significations. On peut tout exprimer par le sourire, excepté peut-être la colère ; mais de l'indignation à l'amour, en passant par le mépris, le sourire peut rendre toutes les affections de l'âme.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 6 février 1864.

Personne n'est plus attaché à un principe vrai ou faux que l'homme ignorant ; incapable de saisir les nuances qui lient le principe à la pratique par des modifications actuellement nécessaires, il plante d'emblée un système au cœur de la vie : or la vie est toute habitude et transaction ; elle est faite de compromis entre nos besoins et nos maximes.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 6 février 1864.

L'estime que les hommes nous inspirent peut se mesurer à la qualité de nos confidences. Nous ne serons pas toujours francs à l'égard des meilleurs, car on peut être réservé pour deux causes : Soit qu'on craigne de se blesser soi-même en se heurtant à la grossièreté des sentiments, soit qu'au contraire on craigne en avouant certaines fautes de ternir la fraîcheur d'une amitié fondée sur des sentiments élevés.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 31 janvier 1864.

L'irrésolution est un dissolvant de la volonté qui la rend fluide et propre à tous canaux. La vie de l'irrésolu est à tous, tout le monde vit pour lui, à sa place, il est mollement malheureux, mollement heureux, annulé.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 30 janvier 1864.

Quand on a approfondi une question philosophique, il faut, en quelque sorte, se reculer comme le peintre et regarder ce qu'on a produit. Le président de l'intelligence prononce alors si elle a bien opéré ; ce président secret, c'est le centre de gravité du système des facultés intellectuelles, je ne le connais pas, je le sens et je le consulte, on le nomme Le bon sens.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 30 janvier 1864.

Le bon sens est la dose minime, mais suffisante de véracité que la nature pour les besoins de la vie, pour la subsistance du sujet, a mise dans l'intelligence. Il fallait au moins que l'esprit eût la certitude jusqu'à un certain degré pour être un instrument utile, comme il fallait que les jambes fussent capables d'un certain écart pour la marche ; sinon, pourquoi un esprit ? Le bon sens donne donc la mesure de véracité octroyée à l'esprit humain par la nature pour la solution des premiers problèmes de la vie. Les philosophes ont forcé le bon sens à un travail qui le détériore et l'émousse et il y a certainement le même rapport entre un homme de bon sens et un métaphysicien qu'entre un bon marcheur et un acrobate. Nos esprits sont des acrobates moraux qui font sourire l'infini, comme le soleil rit du tremplin.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 30 janvier 1864.

J'ai cédé aux instances d'un ami par crainte de lui déplaire, je ne sais pas dire non, je cherche un biais, j'allègue un devoir, une fatigue, je m'esquive. Cette pusillanimité est le résultat de la fausse opinion sur l'impression que laisse un refus. J'ai remarqué que les hommes francs et rudes blessent moins qu'ils n'intimident ; ils font ce qu'ils veulent sans se nuire dans le cœur des importuns ; on aime la sincérité dans le refus, on y préfère la résistance droite à la feinte oblique ; les défaites ont quelque chose de faux et de vil qui est mal accueilli. Vice à corriger.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 29 janvier 1864.

Le style ne peut valoir mieux que la pensée, car il tient tout d'elle, n'existant que par elle et pour elle. Tout ornement qui n'est pas délicatesse d'idée ou de sentiment, que peut-il être ? Une excroissance, un parasite agréable, mais indiscret. Il est vrai que par un long usage, une sorte d'habitude acquise par l'oreille, les mots ont une vertu propre, comme la gamme, par leur assemblage, et peuvent plaire à un sens qui s'est créé en nous et qu'on peut confondre avec ce qu'on nomme le génie de la langue. Ce sens nouveau est bien curieux ; il est affecté à la musique des langues, à ce point que de bons poètes sont de détestables musiciens.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 28 janvier 1864.

Les hommes passent, vont et viennent autour de moi, pareils à des ombres colorées et sonores : je ne parviens même plus à me saisir moi-même par la conscience ; je suis comme un être libre flottant paralysé sur une mer fatale, toutes les influences se jouent de ma volonté, je dis : À quoi bon ? Le mot Dieu ne signifie plus rien à mon esprit. Il existe à deux pas de moi, pour des hommes grossiers, des félicités qui dépassent mon ambition : ainsi posséder une femme aimante, bonne, oh ! bonne, c'est-à-dire pleine de pitié pour ces douleurs inexprimables qui sont dans le cœur sans que la bouche ait trouvé leur nom. Et cette femme souffre, elle que je saurais consoler à mon tour par une délicate adoration.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 19 février 1863.

Il faut savoir se dire : Tu ne peux pas, tu ne dois pas.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 19 février 1863.

Qui élève son cœur élève son ambition, et celui-là est perdu.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 10 novembre 1862.

Le principe vraiment libéral qui régit la question de l'éducation est, selon moi, le suivant : Développer et fortifier les facultés indépendamment de leur matière ; n'imposer que des connaissances qui s'acquièrent scientifiquement ; pour les autres, écouter le cœur de l'élève, surprendre les besoins naturels de la sensibilité morale et y satisfaire en leur donnant le seul aliment que les instincts désignent ; en un mot, enseigner ce qui est certain, rendre apte à la connaissance de l'incertain. On doit respecter le doute, car il n'est pas l'erreur. Il est comme le salut de l'intelligence dans l'océan des doctrines.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 9 novembre 1862.

Les jours coulent et je ne crée rien... j'espère que je mûris ma pensée ; là est ma seule consolation.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 28 octobre 1862.

Mémoire déplorable ; je n'en ai point ; la logique est toute ma mémoire ; si je ne suis pas en état de raisonner, je ne sais plus rien !
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 28 octobre 1862.

D'où vient aux femmes leur facilité de parole ? De la vanité du sujet ou d'une qualité oratoire ? Leur corps plus fin, plus achevé est aussi un organe d'expression plus déliée et plus juste.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 24 octobre 1862.

Je suis le captif des mille êtres que j'aime.
Sully Prudhomme ; Stances et poèmes, Les chaînes (1865)

L'ennui décolore tout ce qu'il touche.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 24 octobre 1862.

Faire des courses, ce sont mes récréations ; j'aime à traîner mon rêve sur le pavé, les mains dans les poches comme un pauvre.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 24 octobre 1862.

Ma bonne mère, je l'embrasse avec une joie incroyable ; la bonté est tout le prix de l'âme ; une mère est douce au cœur comme un oreiller au front ; on ne sent pas l'oreiller, il soutient en cédant, il est tout baiser.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 22 octobre 1862.

Le génie créateur, on reconnaît qu'on le possède quand on ne peut lire les belles choses sans jalousie, sans entendre le dieu qui crie du fond du cœur : Et moi aussi ! — C'est pourquoi le métier du critique qui prend son parti de la stérilité m'est odieux.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 22 octobre 1862.

Le cœur est incorruptible ; il est diamant et sensitive à la fois. Deux manières de jouir de l'amour : solliciter par une tendresse ingénieuse et pénétrante les touches les plus délicates de la volupté et de la passion, ou bien jeter à la porte la personne qu'on adore, et l'écouter qui pleure, sanglote et supplie, et rester muet, sans pitié... sans pitié ! oh ! non, mais ravi d'être aimé, brûlant de l'amour qu'on dissimule pour mieux le répandre tout à l'heure.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 21 octobre 1862.

Pourquoi mon ami ne m'écrit-il pas ? Il faudrait préparer le papier, choisir la plume, chercher des choses agréables... Je suis de même ; la paresse est plus forte que l'amitié, elle n'est vaincue que par l'amour.
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 21 octobre 1862.

Un dieu s'empare de mes facultés et les fait jouer à son gré pendant mon sommeil ; ma tête loge un hôte qui s'amuse comme un enfant dans un atelier, à pousser tous les ressorts au hasard !
Sully Prudhomme ; Journal intime, le 20 octobre 1862.